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Polémique à Trappes: les "inexactitudes" du professeur contre "l'irresponsabilité" du maire

Tandis que le professeur qui déplorait un climat séparatiste à Trappes est revenu sur une partie de ses propos, le maire de la ville s'emballe et tract au sein même du lycée de l'enseignant. Le "Grandes Gueules" en débattent sur RMC.

C’est un témoignage qui a fait beaucoup de bruit. Après une lettre publiée dans L’Obs, où il appelait les enseignants à protéger les élèves "de la pression islamiste", deux semaines après le meurtre de Samuel Paty, Didier Lemaire, professeur de philosophie à Trappes (Yvelines), assurait avoir été menacé de mort et dénonçait "une pression communautaire", dans toute la ville.

Dans la foulée, le maire de Trappes Ali Rabeh avait dénoncé les propos du professeur de philosophie, déplorant une stigmatisation de tous les habitants de la ville. Accompagnés d’élus de la ville, il s’est introduit dans le lycée où enseigne Didier Lemaire pour y distribuer un tract dénonçant ses propos.

Mais après plusieurs jours de polémique et une tournée des médias, l’enseignant a avoué à Mediapart, ne jamais avoir reçu de menaces de mort, ajoutant ne pas avoir "eu peur" et avouant des "inexactitudes et des imprudences", dans ses propos accusant notamment les salons de coiffure de la ville de ne plus être mixte.

Un virage à 180 degrés trop tardif? "Il y a un impact sur les habitants, rien que sur le CV. Quand tu envoies ton CV et que tu viens du 93 alors que tous les jours il y a des reportages à la télé qui t’expliquent que c’est le territoire de la mort, et qu’on te refuse au final ton CV, oui ça a un impact", déplore Joelle Dago-Sery, qui dénonce également la "personnalisation" de l’affaire autour du professeur de philosophie.

"Si on veut préserver l'image de la ville, il faut plus de responsabilité et moins de polémiques stériles!"

Mais après avoir stigmatisé la ville, le professeur de philosophie se retrouve-t-il à son tour stigmatisé par le maire? C'est ce que croit savoir Isabelle Saporta: "Cela me choque que le maire aille dans le lycée pour faire pression en montrant du doigt le professeur", déplore-t-elle. "Il montre une cible", renchérit Alain Marshall".

"Il y a des phénomènes à Trappes comme ailleurs qu'il faut combattre. On a connu des départs en Syrie", rappelle Othman Nasrou, élu de l'opposition de la ville. "Mais il est évident que l'écrasante majorité des habitants de la ville n'a aucun problème avec les valeurs républicaines. Aujourd'hui, l'image qu'on a, c'est celle d'un maire qui est inéligible pour l'instant et qui fait déjà campagne en allant dans les lycées. Je demande à Ali Rabeh de reprendre ses esprits. Si on veut préserver l'image de la ville, il faut un peu plus de responsabilité et un peu moins de polémiques stériles !", tacle-t-il.

"Cette situation c'est le reflet d'un manque de cohésion de tous. Il y a un témoignage puis un élu qui s'indigne, c'est inadmissible sa réaction. Le préfet lui essaie de sortir le parapluie et pour terminer qu'est ce qu'on dit? 'C'est les médias'! Si tout le monde s'était réuni les médias auraient fait le relais d'une réaction forte alors qu'aujourd'hui. Là, vous faites le relais d'un manque de cohésion", analyse de son côté Jérôme un auditeur.

En attendant, le professeur de philosophie a bel et bien été placé sous protection policière. Il assure vouloir quitter son travail mais pas forcément l'éducation nationale.

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Guillaume Dussourt