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Raphaëlle Bacqué: "Karl Lagerfeld a a conçu son look pour pouvoir être dessiné d’un trait de crayon"

La journaliste du Monde décrit un homme qui a contrôlé tout au long de sa vie son image. Et qui pour cela, n'a pas hésité à mentir même sur sa propre famille.

Il a réussi à construire une image qui a marqué le monde de la mode depuis des dizaines d’années. Karl Lagerfeld, c’est cette chevelure blanche, sa queue-de-cheval, ses lunettes de soleil, une chemise blanche et une cravate.

C’est aussi un homme qui a beaucoup menti pour conserver l’image qu’il voulait préserver explique Raphaëlle Bacqué, journaliste au Monde et auteur de Kaiser Karl. « C’est plus qu’un menteur. Ce qui est intéressant, c’est qu’il a réussi à maîtriser sa vie. C’est rare. Il voulait faire de sa vie quelque chose d’extraordinaire et quelque part il a réussi », affirme-t-elle. 

Parmi les mensonges de Karl Lagerfeld, il y a son père qu’il a souvent caché.

"Il a longtemps menti sur le fait que son père était allemand. Il a gommé toute cette partie difficile pour lui puisqu’il est né juste avant la guerre en 1933 au cœur de l’Allemagne, Hambourg, ce grand port du nord du pays. Et son père était un grand industriel de l’époque. Il vient d’une famille tout à fait bourgeoise. Et son père, pendant toute la guerre a continué de diriger son entreprise qui était une entreprise de lait concentré qui fournissait d’ailleurs l’armée allemande. Il avait beaucoup qu’on dise que son père était proche des nazis. C’était une tâche sur son histoire comme beaucoup de gens de sa génération", précise la journaliste. 

Une silhouette connue du monde entier

Elle estime que l’ancien directeur artistique de Chanel a travaillé son image pour en faire un objet publicitaire.

"Il a conçu son look pour être dessiné d’un trait de crayon. Aujourd’hui, même au fin fond de l’Asie, on voit tout à fait bien sa queue-de-cheval, ses lunettes noires", explique Raphaëlle Bacqué. Elle explique que pour son livre, elle a d’abord été confrontée au silence des gens qui le connaissait tant que le styliste était vivant.

"J’ai tout de suite senti que je m’attaquais à un homme de pouvoir, et il y avait une forme de crainte ou en tout cas de méfiance, de prudence dans les propos", décrit-elle. 

Ce n’est qu’après sa mort que les langues se sont un peu plus déliées pour donner une description plus approfondie du personnage. 

Guillaume Descours