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L'addiction aux jeux vidéo reconnue comme une maladie par l'OMS, une bonne nouvelle?

L'Organisation mondiale de la santé a reconnu l'addiction aux jeux vidéo comme une maladie. Une nouvelle à laquelle a réagi Michael Stora, psychologue, psychanalyste, spécialiste du jeu vidéo sur RMC.

L'addiction aux jeux vidéo est reconnue comme maladie par l'Organisation mondiale de la santé. Selon les mots employés par l’OMS, l'addiction aux jeux vidéo est "un comportement (…) qui se caractérise par une perte de contrôle sur le jeu, au point que celui-ci prenne le pas sur d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes, et par la poursuite ou la pratique croissante du jeu en dépit de répercussions dommageables". 

La classification entrera en vigueur le 1er janvier 2022. Mais est-ce pour autant une bonne nouvelle?

"En tant que clinicien, je trouve ça bien que l'on ne soit pas dans une position de déni par rapport à un syndrome que j'ai pu repérer il y a plus de 10 ans, de l'autre côté, je suis un peu inquiet de conséquences que cela va provoquer aussi bien sur le type de prise en charge, et sur l'idée que des labos pharmaceutiques imaginent une sorte de Ritaline du jeu vidéo –médicament utilisé pour l'hyperactivité des enfants, ndlr-", estime Michael Stora, psychologue, psychanalyste, spécialiste du jeu vidéo.

"Le jeu vidéo n'est pas une drogue en soi"

Le psychologue juge que l'addiction aux jeux vidéo n'est pas semblable à d'autres addictions: "Je ne pense pas que ce soit la meilleure des solutions, c'est une addiction spécifique qui n'a rien à voir avec la consommation de haschich et bien au-delà, le jeu vidéo n'est pas une drogue en soi. L'addiction est avant tout une lutte antidépressive. Les jeunes que j'ai reçus étaient en dépression, ce sont souvent des garçons de 15-25 ans avec de grandes compétences dans le domaine du codage, qui sont accros à la victoire et quand ils sont confrontés à des échecs, ils s'effondrent. Ce sont des caricatures de ce que notre société a engendré, cette culture de l'hyper performance. Il faut imaginer une nouvelle manière de les prendre en charge".

"Il ne faut pas forcément s'inquiéter de quelqu'un qui joue beaucoup, parce qu'il y a des jeux passionnants, mais c'est plutôt dans la rupture des liens sociaux, si la personne se déscolarise", a-t-il aussi précisé.

Paulina Benavente