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"Le Bureau des Vérifs": Jérôme Cahuzac touche-t-il encore ses indemnités de ministre?

Dans M comme Maïtena ce vendredi 29 mars, l'AFP revient sur un article partagé plus de 10.000 fois sur Facebook, qui a fait pas mal de bruit depuis le mois dernier. Oui ou non, Jérôme Cahuzac touche-t-il encore ses indemnités de ministre?

Sans suspense: la réponse est non. Jérôme Cahuzac ne touche plus ses indemnités de ministre, et en réalité, ça fait bien longtemps.

On s’en souvient, Jérôme Cahuzac a démissionné le 19 mars 2013, au moment de l'ouverture d'une information judiciaire le visant pour blanchiment de fraude fiscale.

Une législation qui a évolué

Au moment où il démissionne, il a le droit de percevoir des indemnités de ministre. A l’époque, tout ex-ministre est en droit de toucher "une indemnité d'un montant égal au traitement qui lui était alloué en sa qualité de membre du Gouvernement", pendant une durée de six mois maximum, selon l'ordonnance alors en vigueur.

Le 17 mai 2013, donc, Le Point fait un article pour dire que Jérôme Cahuzac continue de toucher ses indemnités de ministre, soit 9.443 euros bruts mensuels de la part de l’Etat, alors même qu’il est mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale.

Mais ce n’est plus le cas: la durée était de six mois maximum. Puisqu'il a démissionné mi-mars 2013, il avait la possibilité légale de toucher ses indemnités au maximum jusqu'à mi-septembre 2013, pas plus. Le Premier ministre de l’époque, Jean-Marc Ayrault, lui avait d’ailleurs écrit pour lui demander de renoncer à ses indemnités.

La législation a évolué depuis. L'indemnité prévue pour les ex-ministres est désormais "versée pendant trois mois, à moins que l'intéressé n'ait repris auparavant une activité rémunérée", prévoit la loi du 11 octobre 2013.

Ce qu’on voit dans ces articles était donc vrai à l’époque, mais ce n’est désormais plus d’actualité.

Pourquoi cette information tourne encore?

La raison est simple: lorsque quelqu'un partage un article sur Facebook ou Twitter, on ne voit pas immédiatement la date à laquelle l’article a été publié, et tout le monde ne fait pas l’effort minimal d’aller vérifier de quand date l’article.

Dans ce cas, ce sont donc des gens qui ont repartagé récemment, notamment sur des groupes de "gilets jaunes", l’article du Point du 17 mai 2013.

On a interrogé nos confrères du Point sur le sujet, ils nous ont indiqué que l’article avait été vu quelques dizaines de milliers de fois ces dernières semaines. C'est donc le nombre de personnes qui ont cliqué dessus.

Mais sur les groupes Facebook, peut-être qu’un nombre plus important encore de personnes se sont arrêtés au simple titre de l’article. Forcément choquant quand il concerne un homme qui a été condamné en mai 2018 à quatre ans de prison dont deux avec sursis pour fraude fiscale, à une amende de 300.000 euros et à 5 ans d’inéligibilité.

Comment ne pas se faire piéger?

Le conseil: toujours cliquer sur un article apparaissant sur Facebook ou Twitter pour regarder d’où ça vient, quand ça a été publié et qui l’a publié, pour savoir donc s'il y a des sources.

Autre conseil, regardez les commentaires en dessous de l’article. Dans les groupes "gilets jaunes" qui ont partagé cet article de 2013 sur Jérôme Cahuzac, il y a des "gilets jaunes" qui ont commenté en disant que c’était un vieil article qui n’avait plus cours.

Des cas similaires

Un article de 20Minutes de décembre 2010 a été partagé fin janvier plus de 10.000 fois en deux jours. L'article, titré: "Marseille: l'homme atteint par un tir de flash-ball est mort", avait suscité des réactions indignées sur les réseaux sociaux. On était en pleine polémique autour de l'utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l'ordre.

20Minutes a rapidement mis à jour son article pour préciser qu'il n'avait "rien à voir avec l'actualité des mobilisations de 'gilets jaunes'".

Une mesure efficace… mais seulement si les internautes, prennent la peine d’aller dans les articles pour voir quand ils ont été écrits.

Guillaume Daudin (avec Caroline Petit)