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Des lycéennes défient la "tenue correcte exigée": "L'école, on doit y apprendre qu'on ne peut pas s'habiller partout comme on veut"

Emmanuel Lechypre estime que l'école est un lieu où on doit s'habiller correctement alors que de nombreuses lycéennes ont contesté les restrictions lundi dans leurs établissement.

En mini jupe, décolleté ou nombril apparent: répondant à un appel sur les réseaux sociaux, des lycéennes et collégiennes ont défié lundi la "tenue correcte" exigée par la plupart des règlements des établissements, qu'elles estiment sexistes.

La semaine dernière, avec les températures en hausse, les tenues se sont allégées. Sur les réseaux sociaux, des histoires d'établissements refusant l'entrée à des jeunes filles en raison de vêtements jugés provocants se sont multipliées. De là sont apparus plusieurs mots-dièses (#lundi14septembre et #liberationdu14) pour inciter collégiennes et lycéennes à venir lundi en cours habillées comme elles le souhaitent.

"Beaucoup de filles ont été collées la semaine dernière parce qu'elles portaient des 'crop tops' (t-shirts coupés au niveau du nombril). Il y a eu une grosse mobilisation (sur les réseaux sociaux notamment)", explique Ève, en Première au lycée Turgot à Paris.

"On en a marre que ce soit à nous de nous changer, de nous couvrir. C'est au regard des hommes de changer"

Dans l'Éducation nationale, le contrôle des tenues vestimentaires relève des règlements intérieurs de chaque établissement. "C'est toujours un sujet délicat", reconnaît Florence Delannoy, proviseure syndiquée à Lille. "La plupart des règlements se contentent d'un classique 'tenue correcte' exigée, ça ouvre la voie à diverses interprétations".

L’Union nationale des lycéens (UNL), qui soutient la mobilisation, pointe le "flou juridique" entourant ces règlements: "les jugements qui sont faits rejoignent souvent des stéréotypes sexistes", affirme Mathieu Devlaminck, son président.

Lundi sur Twitter, Jasmine, en Terminale à Sens (Yonne), a posté une vidéo de sa tenue laissant voir son nombril, accompagnée des mots "prête à faire trembler l'administration". "On en a marre que ce soit à nous de nous changer, de nous couvrir", soupire-t-elle. "C'est au regard des hommes de changer, ce n'est pas à nous de nous adapter."

Blanquer: "Il suffit de s'habiller normalement et tout ira bien"

"Il y a toujours cette idée que la tenue des femmes peut provoquer des agressions", déplore Caroline De Haas, du collectif féministe "Nous toutes", qui soutient le mouvement. "Quand on leur demande d'en changer, on les culpabilise".

Cette mobilisation fait écho à un incident survenu mercredi dernier au musée d'Orsay: celui-ci a dû présenter ses excuses le lendemain à une jeune femme à laquelle on avait refusé l'entrée à cause de son décolleté.

Interrogé lundi en marge d'un déplacement, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer a prôné "une position d'équilibre et de bon sens". "Il suffit de s'habiller normalement et tout ira bien", a-t-il balayé.

Les avis tranchés de Neumann et Lechypre

Laurent Neumann: "Non seulement je trouve qu'elles ont parfaitement raison, je ne veux pas d'une police de la jupe à l'école. La liberté, ça passe aussi par la liberté de s'habiller comme on veut. Il n'y a que trois limites: la loi, la tolérance, et le respect d'autrui. Moi, ça me suffit. Tout le reste ne devrait même pas faire débat."

Emmanuel Lechypre: "Si, ça doit faire débat. Ce qu'il ne faut pas oublier c'est que l'école, c'est le lieu de l'apprentissage, de la socialisation, du respect de l'autre et de la neutralité. On y apprend que l'on ne peut pas s'habiller partout et tout le temps comme on veut. C'est juste une des règles de base de la vie en société.

Quand ces jeunes filles chercheront un emploi demain, elles auront à comprendre qu'elles ne peuvent pas bosser dans n'importe quelle tenue. Elles doivent l'apprendre, et comme les parents ne sont manifestement plus capables d'apprendre à leurs enfants comment s'habiller correctement, c'est dommage que ce soit à l'école de le faire. Et pour aller plus loin, je suis même pour l'uniforme à l'école. Ca résoudrait ce problème, et bien d'autres encore."

J.A. avec AFP