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Évaluer les collèges et lycées? "Ça va créer une course au bon lycée et favoriser les ghettos"

Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé mercredi l'instauration d'un système d'évaluation des collèges et lycées. Une mesure qui divise.

Ce mercredi, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé l'instauration prochaine d'un système d'évaluation des collèges et lycées en fonction de leurs performances. Les premières expérimentations débuteront au premier semestre 2019. Seront pris en compte les résultats des élèves, mais aussi le climat scolaire – respect de la discipline, violences éventuelles…, la santé scolaire, et la sensibilisation à l'environnement. En cas de mauvaise évaluation, l'établissement verra sa surveillance académique renforcée. Et si la note est bonne, les profs et la direction pourront bénéficier de gratifications.

"Pas positif en terme de creuset républicain"

Une fausse bonne idée selon Philippe Meirieu, chercheur en science de l’éducation, invité ce jeudi de Radio Brunet. "On y est déjà (dans l'évaluation), les lycées sont évalués. La publication des palmarès des lycées est déjà faite depuis de très nombreuses années, l'évaluation des collègues circulent sur les gazettes locales et la presse régionale. Ça existe déjà, et on voit ce que ça donne: la course au bon lycée, la fuite des parents d'un certain nombre de collèges, la création de ghettos ici ou là. Cela n'est pas très positif en matière de creuset républicain".

"On voit bien ce que l'opinion publique retient des évaluations, des lycées en particulier: elle retient la réussite au bac et les mentions, poursuit Philippe Meirieu. Elle voit que le lycée réussit indépendamment des moyens pédagogiques qu'il met. Faire réussir des élèves au baccalauréat c'est facile: sélectionnez les élèves à l'entrée, écartez en fin de seconde ceux qui ne sont pas faits pour passer le bac, et vous aurez 100% de réussite."

"Valoriser les efforts des profs de banlieues"

Au contraire, Samuel Cywie, porte-parole de la PEEP, association de parents d’élèves, voit d'un bon œil l'instauration de ces évaluations. "Il ne faut pas avoir peur de l'évaluation. Avoir une évaluation par un œil extérieur nous parait intéressant. Le problème des classements qui paraissent dans la presse, c'est qu'ils sont focalisés uniquement sur les résultats à la fin, or on ne peut pas comparer les résultats d'un établissement comme Louis Le Grand avec un autre qui prend tous les élèves. Ces classements figent une hiérarchie dans la tête des parents. Il faut arriver à faire une évaluation dynamique. Souvent les profs qui sont en banlieue mettent des efforts énormes pour faire réussir leurs élèves, et ça il faut le valoriser".

P. G. avec Eric Brunet