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Loi travail: "le comportement des Français est tout à fait schizophrène"

Après avoir reçu les syndicats mardi, Emmanuel Macron s’apprête à accélérer la mise en place de sa loi travail. Déjà très critiquée par ses opposants, comme Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, la loi clive aussi les Français selon un sondage Odoxa. Il révèle que 51% d'entre eux sont opposés à l’idée d’aller plus loin que la loi actuelle. Un paradoxe après les élections où Emmanuel Macron a été choisi pour son programme selon Olivier Babeau, économiste, vice-président de la Fondation "Concorde", et invité dans Radio Brunet.

Pour éviter de connaitre les manifestations qui avaient perturbé la France lors de l’instauration de la loi El Khomri, Emmanuel Macron multiplie les démarches pédagogiques. Après avoir nommé Muriel Pénicaud, bien connue des syndicats, au ministère du Travail, le président a choisi de les rencontrer en personne, avant le lancement de la réforme de la loi travail. Des actes qui ne stimulent pas pour autant les Français, qui sont pour 51% d’entre eux opposés à l’idée de cette réforme selon un sondage Odoxa. Un résultat étonnant selon Olivier Babeau, économiste et invité dans Radio Bunet.

"C’est paradoxal parce qu’on a des élections à deux tours puis des législatives où les gens portent théoriquement les mêmes programmes et les mêmes idées. Derrière, après tous ces votes, les Français ne seraient pas d’accord avec ce qui a été clairement annoncé. Il n’y a pas eu de surprise et c’est un des grands paradoxes de la démocratie".

Une réforme qui devrait voir le jour rapidement selon Olivier Badeau, pour des raisons stratégiques. "Cette question du travail va arriver très vite. C’est le plat de résistance qui va arriver tout de suite, parce que l’état de grâce est très court et la légitimité donnée par les urnes ne dure pas non plus. Dans six mois elle n’existera plus et on demandera au président de se justifier sur ces réformes. C'est pourquoi il essaye de faire cette réforme qui est la plus dure immédiatement".

Pour l’économiste et vice-président de la Fondation "Concorde", un seul raisonnement permet de réduire la précarité, la réforme du travail pour faciliter la flexibilité de l’emploi. "Le comportement Français est tout à fait schizophrène. Il y a deux façons de réduire la précarité. On peut imaginer que tout le monde devienne fonctionnaire, mais c’est difficile et un peu cher, même si la réalité est qu’on a un peu choisi ce système. On a énormément de fonctionnaires et on a créé cette dualité terrible du marché du travail. On a d’un côté les insiders, qui arrivent à sécuriser un CDI et les outsiders, qui sont des gens qui n’arriveront jamais à rentrer dans ce rôle".

"Si employer devient plus facile, ça baissera la précarité"

"Il y a une autre solution qui est de dire: vous n’êtes pas précaires si vous pouvez retrouver un emploi facilement. Si on essaye de passer à un modèle où employer est beaucoup plus facile, parce qu’on aura adapté le droit du travail, il n’y aura plus de précarité. Pour l’instant on est à l’état zéro puisqu’on a choisi de se cristalliser dans des emplois où on imagine que fonctionnariser tout le monde réglera tous les problèmes. C’est économiquement impossible".

Radio Brunet avec A.B.