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Bientôt des boîtes noires obligatoires dans les voitures: craignez-vous un flicage permanent? Ça fait débat sur RMC

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Le 16 avril dernier, le Parlement européen a voté et adopté une résolution pour améliorer la sécurité routière. A partir de mai 2022, tous les nouveaux modèles de véhicules devront disposer d’un "enregistreur de données d’événements". Certains associations craignent un détournement des données. Et ça fait débat sur RMC.

Bientôt des boîtes noires dans nos voitures. Ces boîtiers devront être installés sur tous les véhicules, sans aucune possibilité de les désactiver à partir de mai 2022. Ils pèsent entre un et cinq kilos, coûtent parfois plusieurs milliers d’euros. Ils sont reliés directement à l’ordinateur de bord. Ils enregistrent tout: la vitesse, le moment où vous accélérez, où vous freinez, votre position GPS, le déclenchement des aides à la conduite, des airbags. 

Certains modèles sont aussi capables de savoir si vous avez bien mis votre ceinture ou encore d’enregistrer les conversations à bord de l’habitacle. Durée de l’enregistrement: 60 secondes minimum, jusqu’à plusieurs heures.

Et c’est ce point qui ulcère la Ligue de défense des conducteurs. Une pétition, "non au flicage permanent des conducteurs" a été lancée sur leur site. Elle recueillait mardi matin près de 212.000 signatures.

"À partir du moment où vous enregistrez des données, qu’est-ce qui nous garantis que l’État ou les organismes privés ne s’en serviront pas à l’encontre du conducteur. L’exemple typique c’est la prime d’assurance qui pourrait varier demain parce que vous avez eu un accident avec un conducteur en sortant votre véhicule de votre garage par exemple. Pour l’instant, on n'a pas ces garanties-là, donc c’est là-dessus qu’on alerte", explique Nathalie Troussard, secrétaire générale de la Ligue. 

Un "témoin" plutôt qu'un "mouchard"

Le texte européen prévoit un dispositif qui fonctionne en circuit fermé et de manière anonyme. Impossible de communiquer les données en dehors du véhicule. Ces données pourront être communiquées aux autorités uniquement en cas d’accident. Le système efface d’ailleurs les données anciennes au fur et à mesure qu’il en enregistre de nouvelles. Un système qui a déjà fait ses preuves ailleurs selon Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre les violences routières.

"On voit que lorsqu’il y a des boîtes noires, les comportements se modifient. Il suffit de voir les taxis japonais. Il y a eu une baisse de l’accidentalité au moment où il y a eu des boîtes noires. Elle permet très rapidement à la justice d’avoir accès à tous les paramètres de l’accident. Et ça permet de réduire les frais de justice, et de savoir où est la responsabilité. Plutôt que de parler de mouchard, il faut considérer la boîte noire comme un témoin embarqué, c’est un avocat embarqué qui va aider ensuite dans les processus qui suivent l’accident", affirme-t-elle.

Pour Yves Carra, porte-parole de l'Automobile club association, c'est effectivement qui n'affectera pas les performances de la voiture, mais qui va dans le bon sens. "Tout ce qui pourra améliorer la sécurité est bon à prendre, tant qu'il n'y a pas de dérives dans l’exploitation des données", explique-t-il. Il salue notamment les futurs systèmes de freinage d'urgence qui accompagneront ces boîtes noires. "Le freinage d'urgence permettra de sauver des milliers de vies : ça va dans le bon sens", indique-t-il.

Ces boîtes noires marchent très fort au Japon et à Taïwan. Mais aussi en Russie ou encore aux Etats-Unis où 95% des voitures sont équipées. En Allemagne, certains constructeurs l’ont prévu pour les futurs modèles de véhicules autonomes. En France, quelques dizaines de milliers d’appareils se vendent chaque année.