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Crise Covid-19: et si on annulait une partie de la dette publique?

EXPLIQUEZ-NOUS - Une centaine d’économistes ont lancé un appel en ce sens vendredi. La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, leur a répondu qu’il n’en était pas question. Pourquoi?

On parle de la dette publique de l’ensemble des pays de la zone euro. Une dette qui atteint des niveaux historiques et qui depuis le début de la pandémie, n’a cessé de s’alourdir puisque les états européens soutiennent leurs économies quoi qu’il en coûte, c'est à dire en empruntant. Et dans le même temps, la banque centrale soutient ces Etats en finançant les émissions de dettes. C’est à dire en rachetant les ardoises. Désormais entre 25 et 30% de ce que nous devons, nous le devons à la BCE.

Et c’est cette partie que certains économistes voudraient voir annuler, avec un argument assez simple. La banque centrale européenne, c’est nous. Comme autrefois la banque centrale française, c’était la France. Si les Etats européens doivent de l’argent à la BCE, il se le doivent à eux même.

Annuler cette dette, serait donc comme une manipulation comptable. D’un trait de plume, la banque centrale effacerait les créances des états, et en échange les pays européens s'engageraient à investir les mêmes sommes dans la construction écologique et sociale. Cela permettrait d’injecter environ 3.000 milliards d’euros dans l’économie, ce serait une sorte de méga-giga plan de relance. 

Peu d'intérêts

Ce sont des milliers de milliards d’euros mais qui ne coûtent pas beaucoup d'intérêts. Ces sommes colossales sont empruntées pour presque rien. Les taux d'intérêt sont proches de zéro. Depuis 2015, il y a même parfois des taux d'intérêt négatif. C’est une dette qui roule gentiment. Rouler la dette, ça veut dire que tous les jours, il y a des emprunts qui arrivent à échéance, et tous les jours, il y a des banquiers à Francfort qui les remboursent en empruntant l'équivalent sur les marchés. Cela peut durer très longtemps.

C’est l’argument de ceux qui veulent annuler la dette. De toute façon les états ne pourront jamais rembourser, et de toute façon, ces dettes ne rapportent pas d'intérêt. Donc autant les effacer.

Sauf que Christine Lagarde a dit dimanche soir sur BFMTV: pas question. "Une dette, ça se rembourse". Et ne pas la rembourser cela coûte très cher. Parce que cela pourrait saper la confiance des investisseurs dans la parole des états européens. L’argent que l’on emprunte tous les jours sur les marchés pourrait coûter plus cher. C’est l'argument de ceux qui voit dans cette annulation, une fausse bonne idée, voire une idée diabolique. 

Une violation des traités européens

Christine Lagarde ajoute une autre raison pour ne pas s’engager dans cette direction: une telle annulation violerait les traités européens. Selon ces traités, la BCE n’a pas le droit de financer les dépenses des Etats. Et annuler les dettes c’est financer les Etats. Selon elle, c’est donc juridiquement impossible. 

Pourtant dans le passé, on a connu des pays dont la dette a été effacée, par exemple, la France au moins deux fois. Une fois au Moyen-Age, le roi Philippe le Bel s'était endetté auprès de l’ordre des Templiers, richissime ordre de moines soldats organisateurs des croisades. Comme la dette était devenue vraiment trop lourde, Philippe le Bel l’a annulée d’une façon radicale: en déclarant que les Templiers étaient des hérétiques et en les envoyant au bûcher. L’ordre a été dissous et la dette avec.

Une deuxième dette d’Etat a aussi été effacé en 1785, lorsque le directoire a annulé les créances émises par le roi avant la révolution. En l'occurrence, ce sont surtout de petits épargnants qui ont été ruinés.

Mais plus récemment, le grand pays qui a vu sa dette effacée, c’est l'Allemagne. En 1953, les deux tiers de la dette allemande ont été gelés pour que le pays ait une chance de se reconstruire après la guerre. Il était convenu que les Allemands ne rembourserait pas leur dette tant que le pays ne serait pas réunifié. Et lorsque la réunification a eu lieu 1990, on a trouvé quelques tours de passe-passe pour définitivement passer l'éponge.

Preuve que l’annulationisme est possible. C’est le nouveau mot. Le débat fait rage en ce moment entre annulationiste et anti-annnulationiste. Je vous laisse choisir votre camp.

Nicolas Poincaré