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Changement climatique: pourquoi il faut tripler la taxe carbone selon l’économiste Christian Gollier

Invité d’"Apolline Matin" ce jeudi sur RMC et RMC Story, l’économiste Christian Gollier appelle à fortement augmenter la taxe carbone pour réduire les émissions de CO2.

Responsabiliser tout le monde sur le changement climatique

Christian Gollier, économiste et directeur général de la Toulouse School of Economics

"Il faut que chacun soit responsabilisé sur les conséquences de ses actions, notamment émettre du CO2, qui contribue au changement climatique que nous vivons aujourd’hui. (Les politiques) Ils sont confrontés à une opinion publique qui est majoritairement acquise à l’utopie d’une transition énergétique heureuse. Or, il faut remplacer le gaz, le pétrole et le charbon par des énergies qui sont aujourd’hui plus chères à produire et beaucoup plus difficiles à organiser, comme l’éolien et le solaire, qui ne sont pas stockables. Le pétrole, le gaz et le charbon ont fait notre prospérité depuis deux siècles. Et on réalise aujourd’hui qu’on est obligé d’abandonner ces sources d’énergie pour aller produire une énergie qui est plus chère. Ça veut dire des sacrifices, des produits plus chers. Il va bien falloir affronter cette problématique. Il va falloir que chacun s’y mette, réalise qu’il est responsable à titre individuel du changement climatique que nous vivons aujourd’hui."

Tripler la taxe carbone

"On vit une crise de l’énergie à cause de la guerre en Ukraine, mais ça ne va pas durer éternellement et on imagine que les prix de l’essence et du gaz vont revenir à des niveaux plus raisonnables. C’est à ce moment-là qu’il faudra relancer la taxe carbone, en application du principe pollueur-payeur. Vous voulez polluer l’atmosphère, vous devez en payer les conséquences. Ça se fait notamment par la taxe carbone, qui a été bloquée en 2018 par le mouvement des Gilets jaunes et une décision d’Emmanuel Macron. Elle a été bloquée à 44 euros la tonne de CO2, c’est-à-dire un peu moins de 10 centimes le litre d’essence. (Passer à 150 euros la tonne) C’est justement la traduction en taxe d’un engagement politique européen et français, de réduire nos émissions de 55% en 2030, par rapport à 1990. Entre 1990 et 2022, on a réduit d’environ 25% nos émissions de CO2. Il reste donc, en seulement huit ans, à faire à peu près l’équivalent du chemin, même un peu plus. C’est absolument colossal et ça va obliger les entreprises et les particuliers à faire cette démarche pour mieux prendre en compte les conséquences du changement climatique. C’est-à-dire plutôt prendre les transports en commun, rouler à vélo quand c’est possible, éviter de prendre l’avion, utiliser le télétravail… Ce sont des transformations des modes de production et de vie qu’il faut mettre en œuvre le plus rapidement possible maintenant."

Ne pas cacher la réalité

"La taxe carbone ne fait que révéler la réalité des efforts qu’il va falloir faire. On peut décider de ne pas augmenter la taxe carbone et d’obliger les gens à faire ceci, à faire cela… Si on oblige les producteurs d’acier à ne plus émettre de CO2, ça va augmenter le cout de l’acier de 30%. Et tout ça se retrouvera d’une façon ou d’une autre sur le pouvoir d’achat des ménages, qui sera amputé d’autant. Quand vous augmentez les couts de production, vous réduisez le pouvoir d’achat des ménages parce que les prix des biens et services vont être plus élevés. L’électricité solaire, on la subventionne massivement en France depuis des années, à travers des prix garantis sur la vente d’électricité pour tous les kilowatts-heure qui sont produits sur les toits de nos maisons. Ce mode de production augmente le coût de fabrication et se retrouve sur notre facture d’électricité à travers une contribution au service public de l’électricité, qui représente 15% de notre facture. C’est aussi une atteinte au pouvoir d’achat des ménages, sauf qu’ils le voient moins qu’une taxe carbone. Dire qu’on ne va pas augmenter la taxe carbone parce qu’on ne veut pas révéler aux gens la réalité de ce qu’ils vont devoir faire, c’est un peu problématique."

Compenser pour les ménages les plus modestes

"Il faut que tout le monde soit confronté au même prix du carbone, au même niveau de taxe. Pas d’exemption, ni pour les taxis, ni pour les agriculteurs, ni pour les gens qui prennent l’avion… Mais par contre, utiliser une partie de ce revenu fiscal engendré par cette taxe carbone pour compenser, voire surcompenser, pour les ménages les plus modestes. On peut le faire avec un chèque vert au 1er janvier, avec un montant pour ces catégories sociales qui va potentiellement dépasser le surcoût de l’essence à la pompe ou du fioul domestique tout au long de l’année. On peut à la fois envoyer le bon signal à l’ensemble des agents économiques, consommateurs et producteurs, tout en protégeant les ménages les plus vulnérables des effets de ces coûts supplémentaires."

LP