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La France reçoit-elle vraiment de l'uranium venant de la Russie?

Greenpeace révèle que la France a reçu ce mardi une livraison d’uranium en provenance de la Russie. Des importations qui indiquent que la France est aussi dépendante de la Russie pour son industrie nucléaire.

L’uranium, c’est la matière première qui permet de faire tourner nos centrales nucléaires. Aussi nécessaire que le gaz et le pétrole pour pouvoir se chauffer cet hiver, et même pour la France plus importante que le gaz puisque l’essentiel de notre électricité est produit par le nucléaire. La France se fournit en uranium d’abord au Niger, où l’entreprise française Areva, rebaptisé Orano, exploite des mines à ciel ouvert. Le reste vient principalement du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan, en Asie centrale et un peu d’Australie. Officiellement, aucune importation d'uranium ne vient de Russie.

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Pas d'embargo sur l'uranium

Interrogé par TF1 le 4 octobre dernier, la ministère de la Transition énergétique avait clairement répondu que la France n’importait pas d’uranium naturel de la Russie. La France ne dépend pas de la Russie pour faire fonctionner son parc électronucléaire. Sauf que l’on peut aujourd’hui en douter. Greenpeace a filmé mardi le déchargement dans le port de Dunkerque de plusieurs dizaines de fûts d'uranium enrichi et de dix conteneurs d’uranium en provenance de Russie. Selon l'ONG environnementale, ce n’est pas une première: le même navire a déjà été repéré à plusieurs reprises, déchargeant de l’Uranium en septembre à Dunkerque.

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Jeudi, Framatome, filiale nucléaire d'EDF, a confirmé que cette livraison arrivée mardi dans le Pas-de-Calais était destinée à la fabrication de combustibles nucléaires à destination de son usine de Romans-sur-Isère, dans la Drôme. Il n’y a donc guère de doute: la France se fournit bien en Uranium auprès de la Russie.

La France n'est pas interdite d'acheter de l'uranium en Russie, car il n'y a pas d'embargo. Il y en a sur le gaz ou encore sur le pétrole, qui entre en vigueur la semaine prochaine, mais il n’y a pas d’embargo sur l’uranium. En importer n’est donc pas illégal même si c’est certainement immoral. Il est étrange de financer à la fois l’armée ukrainienne pour résister à l’agression russe tout en finançant l’effort de guerre Russe en lui achetant de l’uranium.

Un achat à une société qui s'occupe du nucléaire civil et militaire russe

Surtout, cette matière première est achetée à une entreprise d’État en Russie, Rosatom, créée en 2007 par Vladimir Poutine pour regrouper les activités civils et militaires. Ainsi, nous faisons du commerce avec une société russe qui s’occupe à la fois des bombes nucléaires, des centrales nucléaires et de la filière de l’uranium. Cette filière de l'uranium russe est d'ailleurs particulièrement opaque. Rosatom livre, par exemple, de l'uranium à la société ANF qui se trouve à Linguen en Allemagne, où se fait l’enrichissement de l’Uranium. Ce sont les opérations qui permettent de transformer la matière première en pastilles enrichie qui sont le combustible des centrales. ANF est une filiale allemande de l’entreprise française Framatom, filiale d’EDF.

Ces pastilles sont donc ensuite livrées dans toute l'Europe, avec sur l’étiquette "Uranium enrichie allemand ou Français", alors qu’il provient d'uranium russe, ou ouzbek ou kazakh. C’est un peu la même chose pour le pétrole, puisque le pétrole russe part en Arabie saoudite ou en Inde ou il est raffiné et mélangé avec des hydrocarbures qui viennent d’ailleurs, et qui sont finalement sont livrés en Europe en contournant l’embargo.

Tout cela prouve une chose: nous sommes dépendants de la Russie pour le pétrole, pour le gaz, mais aussi pour le nucléaire. Il n’y a pas d'indépendance énergétique, ni de la France ni de l'Europe. A un moment, c’est la realpolitik qui le veut: quand il fait froid, faut se chauffer

Nicolas Poincaré