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Prix de l'énergie: le coup de gueule du syndicat du spectacle vivant sur RMC

DOCUMENT RMC - Le monde du spectacle, via sa fédération professionnelle (Fesac), interpelle le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, alors que des dizaines de salles sont sous la menace d'une fermeture à cause de l'explosion des prix de l'électricité.

DOCUMENT RMC - L'inquiétude est là, et elle grandit de plus en plus. Avec des dizaines de salles de spectacle sous la menace d'une fermeture à cause des prix de l'énergie, la Fesac (Fédération des entreprises du spectacle vivant, de la musique de l'audiovisiel et du cinéma) a envoyé une lettre au ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, afin de l'interpeller sur l'urgence de la situation.

Cette lettre est disponible à la lecture, dans sa totalité, ci-dessous.

Dans ce courrier adressé à Bruno Le Maire, la Fesac explique que les hausses des prix du gaz et de l'électricité "mettent en péril aujourd'hui la survie même d'une grande partie de nos structures qui, pour nombre d'entre elles, n'ont pas pu bénéficier jusqu'ici, en raison de critères inadaptés, des aides aux entreprises liées aux hausses du coût des énergies mises en place par le gouvernement".

Par exemple, la Fesac souligne que les critères retenus pour obtenir ces aides sont notamment indexés sur l'année 2021, une année où le monde du spectacle a pâtit des restricitions liées à la Covid-19. Les références de consommation des lieux de spectacle sont donc comme faussées.

Aussi, "le bouclier tarifaire mis en place pour les TPE, nombreuses dans notre secteur, est trop restrictif en ce qu'il réserve cette aide aux entreprises ayant un compteur électrique d'une puissance inférieure à 36 kVA. Là encore, beaucoup n'entrent pas dans ce dernier critère".

Pour argumenter ses demandes, la Fesac avance aussi des chiffres affolants concernant les répercussions de la hausse de ces tarifs de l'énergie.

"Dans le secteur du spectacle vivant, l'augmentation moyenne projetée du coût de l'électricité entre 2019 et 2023 pourrait atteindre, selon les branches, un peu moins de 200%, et les augmentations elles-mêmes, selon les entreprises, presque 900%", est-il écrit dans la lettre envoyée à Bruno Le Maire.

La Fesac prend ensuite un exemple précis, "dans le secteur du spectacle vivant public", où "il est par exemple fait état pour un opéra national d'une dépense énergétique qui passerait de 300.000 à 1.000.000 €, et pour un théâtre lyrique de 200.000 à 650.000 €".

La réponse du ministère attendue de pied ferme

Invité de la Matinale WeekEnd sur RMC, Nicolas Dubourg, le président du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, déplore qu'au "moment où on se relance, où on fait revenir les spectateurs dans les salles, on a ce mur de l'inflation qui nous arrive à pleine vitesse dessus, avec un risque d'annulation de spectacles et de destruction d'emplois d'ici moins d'un an".

Le président du syndicat explique avoir le sentiment de ne pas être "entendu", tandis que certains théâtres réalisent déjà des plans d'urgence d'économie d'énergie et demandent aux comédiens de répéter habillés en tenue chaude afin d'éviter d'allumer le chauffage.

Plus tôt dans le mois de Novembre, le syndicat présidé par Nicolas Dubourg a lui aussi transmis une lettre ouverte au ministère de l' Économie pour tenter d'alerter et de faire bouger les lignes en faveur des salles de spectacle en danger.

Le cabinet du ministre a fait savoir à RMC qu'une réponse était actuellement "en cours de rédaction".

Apprenant cette nouvelle en direct ce dimanche matin, Nicolas Dubourg se désole tout de même de la lenteur de la prise de conscience.

"À chaque fois que le gouvernement doit faire face à une urgence, il ne traite pas, ce qui est pourtant une exception française et qui devrait être mis en avant, le secteur culturel. On a demandé à être reçu, on demande des comités interministériels pour parler de nos soucis, et c'est systématiquement a posteriori qu'ils se disent "Ha oui, on les a peut-être encore oublié"", dit Nicolas Dubourg.

Pour conclure, Nicolas Dubourg explique que des théâtres sont déjà en train d'annuler des dizaines de spectacle pour la saison prochaine. "Et derrière ça, vous avez des compagnies qui tournent. Si vous les enlevez, ce sont des destructions d'emploi. Et derrière, des élus locaux vous demanderont à quoi bon garder un théâtre s'il n'est ouvert que deux fois par an". S'il ne donne pas de chiffre précis sur le nombre d'établissements qui pourraient venir à fermer, l'optimisme n'est pour le moment pas de mise du côté de Nicolas Dubourg.

Alexis Lalemant