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Allocation des travailleurs de l’amiante: au moins 144 victimes attendent d’être indemnisées

INFO RMC. Au moins 144 demandes de préretraite amiante, pour les travailleurs exposés pendant leur carrière, sont en attente à cause de la surcharge des services de l’Assurance maladie.

À 59 ans, Thierry est un père et un grand-père qui ne demande qu’une chose: du temps. Pour profiter de la vie, de ses enfants, de sa petite-fille qui vient de naître. Et du temps, il pourrait en manquer. Dans les années 1980, il était ouvrier dans une papeterie. Il a respiré des poussières d’amiante et ne l’a découvert qu'il y a trois ans. "C’est en discutant avec d’autres personnes que j’ai appris qu’il y avait eu des décès, des malades 15 ou 20 ans après, explique-t-il. J’ai un frère qui est décédé à 62 ans de l’amiante, justement. Ça marque. Quand on apprend qu’on peut être touché par la même maladie, ça fait réfléchir."

Thierry peut bénéficier de l’allocation préretraite amiante, qui permet aux travailleurs victimes de partir plus tôt. Sept mois plus tôt, dans son cas. Il a déposé son dossier mi-septembre et depuis, aucune nouvelle. "J’ai droit à du temps, je ne vois pas pourquoi je ne l’aurais pas. Si je peux avoir ces sept mois pour profiter de la vie en bonne santé, je les veux, bien sûr. Ce n’est pas parce qu’ils sont en manque de personnel pour gérer qu’on ne doit plus avoir ce droit. Ce n’est pas normal", déplore-t-il.

C’est pour faire valoir ses droits que Thierry a fait appel à "RMC s’engage pour vous" (@rmcpourvous@rmc.fr). Et c’est une information RMC: au moins 144 demandes de préretraite amiante, comme celle de Thierry, sont en attente à ce jour. Cela veut dire 144 salarié(e)s victimes de ce matériau toxique qui ne peuvent pas arrêter de travailler alors qu’ils y ont droit. Et la situation devrait s’aggraver l’an prochain.

Jusqu'en 2020, l’allocation était gérée par les 16 caisses régionales de l’Assurance maladie. Aujourd’hui, il n’en reste que deux, et en mai prochain, celle d'Ile-de-France sera seule pour tout gérer. Résultat, "le service connaît actuellement un surcroît d’activité et n’est pas en capacité d’étudier toutes les demandes dans le délai réglementaire de deux mois", voilà ce que l’on peut lire sur le site internet.

"Une carence fautive"

Une situation inacceptable pour Bernard Balestri, coordinateur de l’Association nationale de défense des victimes de l'amiante (ANDEVA). "C’est vraiment un droit bafoué, estime-t-il. Il va falloir qu’on s’adresse au ministère de la Santé. On a discuté avec les avocats pour envisager des actions en référé parce qu’il y a une carence fautive d’un organisme qui ne joue pas le rôle qu’il doit jouer."

"RMC s’engage pour vous" a demandé des comptes au ministère de la Santé, qui ne nous a toujours pas répondu ? Seule la Caisse d’assurance maladie d’Ile-de-France est revenue vers nous. Elle explique devoir prioriser les dossiers les plus sensibles mais nous certifie que le regroupement permettra, à terme, une gestion plus fluide… Dont acte.

Pour Thierry, l’Assurance maladie nous l’a confirmé, il touchera bien l’allocation préretraite amiante à partir du 1er février. Il a reçu le courrier vendredi dernier. Grâce à "RMC s’engage pour vous", il va donc pouvoir arrêter de travailler et profiter de la vie. C’était son souhait.

Amélie Rosique