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"Elle n'avait même pas de bureau": 3000 magistrats alertent sur leurs conditions de travail après le suicide d'une jeune juge

De nombreux magistrats dénoncent leurs conditions de travail, évoquant notamment le suicide d'une de leur jeune collègue en août dernier, débordée par les dossiers.

Juges correctionnels, des enfants, substituts: 3.000 magistrats et une centaine de greffiers dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail et le manque de temps pour traiter les dossiers, dans une tribune publiée dans Le Monde.

"Plus d'un tiers de la magistrature signe ce cri d'alarme, c'est historique. On dénonce une violence institutionnelle. Cela fait des années que l'on dénonce des conditions de travail dégradées. Les institutions sont dans le déni. Trois mille magistrats disent qu'ils rendent mal la justice", assure ce mercredi matin sur RMC Sarah Massoud, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature.

Les magistrats signataires évoquent des audiences surchargées, des arrêts maladie qui se multiplient parmi le personnel judiciaire, des audiences classées sans suite ou encore l'obligation de traiter des affaires de divorce "en quinze minutes", sans pouvoir donner la parole aux parties. 

Ils citent surtout le cas d'une de leurs anciennes collègues, Charlotte, 29 ans, qui s'est donné la mort en août dernier, après deux années "éprouvantes" à être "envoyée de tribunaux en tribunaux pour compléter les effectifs des juridictions en souffrance du Nord et du Pas-de-Calais".

"Cette jeune magistrate faisait des remplacements. Ses conditions de travail étaient extrêmement difficiles. Elle n'avait pas de bureau à elle, elle n'avait même pas de bureau, elle devait rendre la clé de la salle qu'on lui laissait aux policiers du tribunal. Charlotte avait des conditions de travail extrêmement épuisantes avec un nombre d'audiences conséquent. C'est un quotidien assez banal pour un jeune magistrat", raconte Sarah Massoud.

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"La justice est à bout de souffle et ne peut plus remplir ses missions"

"Charlotte avait à cœur de bien rendre la justice, de ne pas balayer les dossiers, de ne pas entendre les gens", ajoute la syndicaliste qui évoque de nombreux cas similaires. "Une jeune juge des affaires familiales à Marseille a pris le temps d'écouter tout le monde dans une affaire, et pour ça il a fallu qu'elle passe 9h dans une petite salle sans pause", détaille-t-elle.

Ces situations placent les magistrats face à un "dilemme intenable : juger vite mais mal, ou juger bien mais dans des délais inacceptables", peut-on lire. "Les magistrats n'en peuvent plus. La justice est à bout de souffle et ne peut plus remplir ses missions", écrit l'Union syndicale des magistrats mardi dans un communiqué relayant cette tribune.

Dans un message transmis à l'ensemble des magistrats, la direction des services judiciaires (DSJ) du ministère annonce que le garde des Sceaux, Eric Dupont Moretti recevra "dans les prochains jours" une délégation de signataires.

Le directeur des services judiciaires reconnaît que pour répondre aux "tensions présentes dans le monde judiciaire", "il faut augmenter le nombre de magistrats et de greffiers" et assure que "650 magistrats et 850 greffiers supplémentaires ont été affectés durant le quinquennat", soulignant là des hausses "dans des proportions inégalées dans le passé" et que le garde des Sceaux compte poursuivre.

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Guillaume Dussourt avec AFP