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Les Français épargnent de plus en plus pour leur retraite

Des réformes des retraites qui s’enchaînent, un âge légal qui recule et une incertitude grandissante sur le montant des pensions. Résultat: de plus en plus de Français préfèrent épargner eux-mêmes pour leur retraite.

Les plans d'épargne retraite, les PER, connaissent un succès fulgurant. Il y a aujourd'hui plus de six millions de souscripteurs. Ces contrats peuvent être souscrits auprès des banques ou des assurances. Du côté des assurances, en un an, on est passé de 2,5 à 3,7 millions de PER ouverts, soit 50% de plus sur les douze derniers mois.

Forcément, le débat sur la réforme des retraites a poussé certains à s’intéresser à ce produit: “J’ai ouvert ce PER il y a quelques mois sur le conseil de ma belle-mère. Je suis plutôt content de cette décision parce que, et je pense que je parle au nom de beaucoup de jeunes, je pense qu’on n'aura pas de retraites” explique Zachary, 23 ans, étudiant en alternance en informatique.

Un rendement fort

Pour Zachary comme pour d'autres, ouvrir un PER, c'est prendre les devants en mettant de l’argent qui sera bloqué jusqu’à la retraite, à l'exception comme l’achat d’une résidence principale. En échange, les souscripteurs ont quelques avantages:

"Ça permet de défiscaliser une partie de ses revenus et vous avez une bien meilleure performance que des produits types livret A”, note Sébastien d’Ornano, président de Yomoni, un service de gestion d’épargne.

Et en effet, si le livret A a un rendement annuel de 3%, à partir de février, le PER, tourne plutôt autour de 6 ou 7%. Par exemple, si vous ouvrez un PER à 30 ans et que vous déposez 100 euros par mois jusqu’à votre retraite, vous pouvez espérer un complément de 400 euros par mois à partir du moment où vous vous arrêtez de travailler. Alors attention, le PER reste un produit commercial: il y a des frais qui s’appliquent qu'il ne faut pas oublier: frais d’adhésion, frais de gestion, frais de dépôt même pour certains…

Un dispositif encouragé par le gouvernement...

Le gouvernement espère que les Français vont recourir de plus en plus à ce type de service à l’avenir. C'était d'ailleurs l’objectif de la réforme de l’épargne retraite en 2019, qui a créé les plans épargne retraite tout en simplifiant les dispositifs déjà existants.

Le gouvernement, qui dit en ce moment vouloir “sauver” notre système par répartition où ce sont les actifs actuels qui paient pour les retraités actuels, favorise cette forme de capitalisation - le but de la réforme avortée de 2019, en encourageant “les actifs à se constituer des revenus supplémentaires pour compléter leur retraite obligatoire”.

... qui va aggraver les inégalités entre riches et pauvres

Les grands perdants de cette idée seront les plus pauvres, une idée qui va aggraver "les inégalités entre ceux qui auront pu se constituer une épargne retraite et les autres” estime Philippe Askenazy, économiste du travail.

Ce chercheur au CNRS a également observé ce qu’il se passait aux Etats Unis et en Grande Bretagne où la retraite se fait historiquement par capitalisation. Il a remarqué qu'on y "observe une segmentation entre ceux qui sont obligé de partir le plus tard possible, et ceux qui ont une épargne retraite qui peuvent se permettre de partir plus tôt”

Problème, ces retraités qui partiraient donc dès qu’ils en auraient l’opportunité, sont aussi les plus employables. Ainsi, en Grande-Bretagne le départ anticipé de nombreux seniors pendant le Covid, a accentué les difficultés de recrutement.

Martin Cadoret avec MM