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"Quand l’économie va mal, ce sont les vieux qui trinquent": pourquoi les seniors sont les grands perdants de la crise du Covid-19

EXPLIQUEZ-NOUS - Les seniors sont les principales victimes de la crise économique liée à l'épidémie. Depuis un an, les vagues de départs touchant les plus de 50 ans se multiplient.

Quand l’économie va mal, ce sont les vieux qui trinquent. Depuis le printemps dernier, environ 50.000 “plus de 50 ans” ont rejoint pôle emploi. Cela représente les deux tiers des ruptures de contrat dans le cadre des plans sociaux. Ou pour le dire plus clairement quand une entreprise dégraisse, et se sépare par exemple de 100 salariés, et bien 66 ont plus de 50 ans, et 33 seulement moins de 50 ans.

Les plus grands groupes sont concernés. Le journal Le Monde a fait la liste. Renault, aéroport de Paris, Michelin, HSBC, Safran... toutes ces entreprises ont des plans de départs des plus anciens. Souvent sur la base du volontariat et avec des conditions intéressantes.

Chez Bosch, il est proposé à ceux qui sont à quatre ans de la retraite de partir maintenant avec 80% du salaire, tout en gardant la mutuelle et les avantages du comité d’entreprise. Chez Arcelor Mittal, le dispositif prévoit de travailler à mi-temps en gardant 85% de son salaire, à condition de s’engager à partir dès que l’on aura atteint le taux plein pour la retraite.

C’est ce que l’on appelle le départ en préretraite, mais qui n’a plus rien à voir avec l’ancien système. La pré-retraite avait été inventée au moment de la grande crise du pétrole dans les années 70. Système très généreux et entièrement financé par l'État. L’idée, c’était de pousser les seniors vers la sortie pour lutter contre le chômage des jeunes. On a fini par s'apercevoir que ça ne marchait pas et que ça coûtait un pognon de dingue. Il y a dix ans, on a donc supprimé ce système FNE, les préretraites du fonds national de l’emploi.

Désormais, les plans dont on parle sont entièrement financés par les entreprises. Si elles veulent se séparer des plus anciens, à elle de trouver et de payer et de trouver des mesures incitatives.

Peu de chances de retrouver du travail après 55 ans

Résultat, le taux d’emploi des seniors est à la hausse. En tout cas jusqu’à l’année dernière, on était sur une tendance forte d’augmentation du nombre de seniors au travail. Les 60-64 ans sont deux fois plus nombreux à travailler qu’il y a dix ans. 32 % contre 16% au moment de la suppression des préretraites. Il reste toutefois bien inférieur à la moyenne européenne qui est de 42% des 60-65 qui travaille, et même 60% dans les pays du nord de l'Europe.

Le taux de chômage des plus âgés n’est pas supérieur à celui du reste de la population. Ce sont les jeunes qui sont les premières victime du chômage et qui rament pour entrer dans le monde du travail.

Mais la différence, c’est qu’un senior licencié après 55 ans n’a statistiquement presque plus aucune chance de retrouver du travail. Et c’est encore plus vrai pour les femmes.

Il y a entre 55 et 65 ans, une population de plus en plus nombreuse, une zone grise comme l’appelle Le Monde. Des gens qui ne sont ni au travail, ni à la retraite, mais au chômage, ou bien au RSA en fin de droit, ou bien en arrêt maladie longue durée ou encore en invalidité. Et c’est une population qui touchera des retraites réduites, parce que les carrières ont été interrompues. On peut craindre un appauvrissement de nos anciens.

Nicolas Poincaré