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Ils rêvent du revenu de base à 1000 euros par mois, mais "pas pour fumer des pétards dans un hamac"

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L'association "Mon revenu de base", qui a récolté 36.000 euros grâce à un crowdfunding,  dévoilera mercredi les noms des trois personnes sélectionnées pour toucher 1000 euros par mois pendant un an, sans contrepartie. RMC a sondé les motivations de trois des 78.000 candidats, qui rêvent désormais d'être sélectionnés.

Rachel, 30 ans, auto-entrepreneur, habitante de Montpellier: "Dégager une après-midi supplémentaire pour travailler pour les Restos du Coeur"

"Moi, ça fait un moment que j'adhère à ce concept de revenu universel ou de revenu de base. C'est aussi ma situation professionnelle qui m'a poussée. Je suis auto-entrepreneur, je travaille à la maison, dans le domaine de la retranscription audio. Ce statut, avec ses charges et ses irrégularités de revenus, puisque je peux avoir un revenu de 3000 euros un mois et de zéro le suivant, ce n'est pas sécurisant. Une rente régulière me permettrait de vivre un peu plus confortablement et avec moins de stress.

Depuis deux ans, je travaille également en tant que bénévole pour les Restos du Cœur le mercredi après-midi. Ce revenu de base me permettrait de dégager une après-midi supplémentaire pour travailler pour eux. Il y a énormément de gens qui en profiteraient pour accorder plus de temps pour venir en aide aux autres. En plus, je suis jeune maman, donc ça permettrait de plus m'occuper de ma petite fille.

Si pendant un an on bénéficie d'une aide on peut monter sa boite. C'est plus confortable. Moi, si je suis sélectionnée, je compte bien travailler sur un projet d'entreprise, ce qui m'est impossible aujourd'hui. Parce que quand on monte sa boite, les premiers mois, c'est très, très dur.

Dès qu'on parle de revenu universel, on parle tout de suite d'assistanat. Il y a sans doute des gens qui vont servir de ça pour s'acheter une bagnole un peu plus belle que ce dont ils auraient besoin. Mais la plupart en ferait un usage très pro, et ne resterait pas dans hamac à fumer des pétards. Ou pour partir en voyage et ne rien glander.

Romain Pagès, 25 ans, en recherche d'emploi, habitant de Paris: "Commencer à imaginer acheter un appartement"

"Si je suis tiré au sort, ce serait d'abord pour payer mon loyer, ensuite pour pouvoir épargner, et enfin pour améliorer mon train de vie: les voyages, les sorties… Voire même commencer à imaginer acheter un appartement, alors qu'aujourd'hui, je suis à zéro.

Quand le débat est arrivé pendant l'élection présidentielle, j'étais assez sceptique. Je trouvais que c'était une bonne initiative si on veut aider les autres, mais je me disais surtout qu'on n'aurait pas forcément les moyens de le mettre en place.

Avec le premier versement, je mettrais 500 euros de côté. Epargner, c'est impossible pour moi. Et le reste, je le mettrai dans ma cagnotte pour vivre au quotidien. Aujourd'hui je fais attention à toutes mes dépenses. J'aime beaucoup sortir boire des verres avec mes amis donc c'est difficile. On prend un verre ou deux et on ne peut plus suivre.

Cet argent, il viendra toujours en plus. On peut le prendre pour ses vacances ou des voyages, si on en a envie. Aujourd'hui je n'ai pas cette possibilité. Je suis en recherche d'emploi depuis le mois d'avril. Si j'avais eu ce revenu de base dès le début j'aurais pu payer le loyer de mon appartement sans avoir à le demander à mes parents. J'ai presque 800 euros d'aides, entre les APL et le RSA. Des aides, on en a assez en fait pour assurer l'essentiel, en tout cas dans mon cas. Pour moi, si on généralisait le revenu de base, on ne pourrait pas laisser les aides en plus. Ça serait énorme."

Fatiha, 56 ans, habitante de Paris: "Il y a un sentiment de culpabilité quand on ne peut pas s'occuper de ses parents"

"Moi, ça me permettrait de faire des choses qui me plaisent et que je ne fais plus parce que je ne gagne pas assez. J'ai travaillé pendant 22 ans dans une entreprise où j'étais cadre. J'ai frôlé le burn-out et j'ai préféré arrêter. Quand j'ai quitté ce boulot à 2500 euros par mois, les gens m'ont dit "mais ça va pas!". Mais c'était ça ou mourir. Donc je me suis reposé et soigné pendant un an au chômage.

Après un an de chômage, on m'a proposé ce poste d'auxiliaire de vie scolaire. Je travaille avec un enfant autiste, ça me plait énormément, mais c'est sous-payé. Je gagne 420 euros et je complète avec du baby-sitting et du soutien scolaire. J'arrive à 1100 euros nets par mois.

Avec ce revenu de base, je garderais ce travail d'auxiliaire de vie scolaire parce que j'y suis très impliqué. Mais je prendrais moi d'heures de baby-sitting. A la place je prendrais des cours de peinture, des cours d'anglais… J'aurais aussi plus de temps pour du bénévolat: faire des rondes pour les sdf, donner des cours de français...

Je suis issu d'une famille de onze enfants. Mes parents en ont bavé pour nous, et ils sont fatigués. Ils ont plus de 80 ans. Mon père est malade et ma mère est en train de s'épuiser à s'occuper de lui. L'année où je n'ai pas travaillé j'allais beaucoup les voir à Aix. Rien qu'avec le train il y a un coût. Mais franchement c'était très bien pour eux, pour moins. Il y a un sentiment de culpabilité quand on ne peut pas s'occuper de ses parents. Et il y a un sentiment gratifiant quand on peut le faire. Ils sont moins seuls aussi, parce qu'aujourd'hui ils ne peuvent plus bouger, ils ne voient plus grand-chose. J'aimerais beaucoup pouvoir y aller.

On ne met pas assez en valeur ce côté humain. C'est en cela que je suis pro-revenu universel. Le bénévolat c'est quelque chose d'extraordinaire. De même, parler du bien-être de l'être humain, ça fait bisounours, les gens prennent ça pour des idées farfelues. Mais celui qui se sent bien dans sa vie apporte plus aux autres, on travaille mieux, on est moins malade."

Propos recueillis par Antoine Maes (avec Juliette Droz)