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Aide aux migrants: "on a l'impression d'être des grands hors-la-loi, c'est affligeant"

Le parquet de Nice a décidé jeudi de faire appel du jugement de Cédric Herrou. L'agriculteur de 37 ans avait été condamné à 3 000 euros d'amende avec sursis le 10 février. La justice lui reproche d'avoir facilité l'entrée et le séjour d'étrangers en situation irrégulière. Comme lui, près de la frontière franco-italienne, les habitants sont de plus en plus nombreux à braver la loi et à se mobiliser pour aider les migrants.

Cédric Herrou suscite des vocations. Chaque soir, depuis l'un des villages de la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes), une équipe de bénévoles se rend en Italie pour distribuer des repas aux étrangers qui vivent dans les rues de Vintimille. Une activité considérée comme illégale de l'autre côté de la frontière, comme en France. 

Chaque jour, des habitants des Alpes-Maritimes comme Michel préparent près de 200 repas pour les migrants de Vintimille. "Ça fait pas mal de boulot. Ce n’est pas orgueilleux de ma part de nous comparer aux Restos du cœur. C'est simplement qu'on fait le même boulot. Les Restos du cœur avec des SDF et nous avec des migrants. Ce qui est fou c'est qu'on soit obligé de se cacher pour aider des gens" explique Michel. 

Des bénévoles qui distribuent en voiture des denrées à la sauvette à des migrants comme Ibrahim, très reconnaissant. "Merci beaucoup, beaucoup, c'est très très gentil. Toute la journée moi je ne mange rien. Maintenant je mange et c'est bon".

A Vintimille, un arrêté municipal interdit de nourrir les étrangers et ce soir-là la police italienne a contrôlé les bénévoles. Patrice qui fait sa première maraude ne comprend pas. "C'est un peu démesuré. C'est juste de la nourriture, on donne des sacs avec un bout de pain, un œuf et on a l'impression d'être des grands hors-la-loi. C'est affligeant"

La distribution a été interrompue. Virgile bénévole depuis deux mois est contraint de remballer mais il assure que ces contrôles de police ne l'effraient pas: "Effectivement on continuera. On ne peut pas plus se cacher que ça. Ce serait dommage d'en arriver à presque jeter les barquettes par la fenêtre de la voiture. Ce serait très embêtant".

Selon certaines associations, les bénévoles risquent jusqu'à 3 000 euros d'amende et la confiscation de leur véhicule mais cela n'empêchera pas une nouvelle opération de se tenir dès ce vendredi soir.

Elodie Messager avec A.B.