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"Expliquez-nous": comment Pékin vient d'annexer Hong Kong

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La Chine a imposé mercredi une nouvelle loi à Hong Kong qui met fin à l'exception de ce territoire. Une première depuis le 19e siècle.

L’ancienne colonie britannique, Hong Kong vient d'être annexée par Pékin. Avec une loi promulguée mercredi par Pékin, la démocratie de Hong Kong a été avalée par la dictature communiste chinoise. C’est un événement majeur. 

Hong Kong au départ, c’est une histoire de drogue, de trafic de drogue. Au 19e siècle, pour des raisons purement économiques, les Anglais importent l’opium depuis l’Inde vers la Chine. Les Anglais sont des dealers et l'empire Chinois résiste à ces envahisseurs et à leur produit addictif.

Il va y avoir une première guerre de l’opium, puis une seconde, mais finalement le 9 juin 1898, les Anglais renoncent à leur trafic d’opium et obtiennent en échange le droit de s'installer sur les Îles Victoria pour 99 ans. Les Îles Victoria, c’est Hong Kong. 

99 ans plus tard, logiquement, les Chinois réclament leur droit. Ils veulent récupérer la colonie britannique qui entre temps s’est incroyablement développée. Oublié l’opium du 19e siècle, elle est devenue la troisième place financière du monde. Grâce à la banque HSBC, qui est passée du trafic de drogue au business plus honorable.

En 1997, après de longues négociations, les Anglais rendent Hong Kong à la Chine. C’est la rétrocession qui est intervenue, il y a exactement 23 ans, le 1er juillet 1997, cérémonies présidées par le prince Charles et retransmises en mondovision.

Les Chinois s’étaient alors engagés à respecter le caractère particulier de Hong Kong sur le principe de : un pays, deux systèmes. Hong Kong et la Chine n'étaient qu’un seul pays. Mais Hong Kong gardait son système démocratique et capitaliste pour au moins 50 ans, c’est-à-dire jusqu’en 2047. 

Jugé selon le régime chinois

Et les Chinois ont à peu près tenu leur promesse pendant 23 ans. Jusqu'à mardi, Hong Kong est resté un petit territoire surpeuplé, mais riche et démocratique, rattaché à la Chine, mais très indépendant. Hong Kong, comme prévu a gardé un système judiciaire et une liberté d’expression inspirée du modèle anglais. C’est-à-dire parmi les plus démocratiques du monde. Un îlot de liberté intégré à la Chine communiste 

Mais cette particularité a volé en éclats mardi soir. En effet, à minuit, la Chine a imposé sa nouvelle loi de sécurité nationale. Une loi dévoilée à la dernière minute avec 66 articles liberticides et quatre nouveaux crimes. Crime de sécession, de subversion, de terrorisme et de collusion avec une puissance étrangère. Quatre crimes passibles de la perpétuité.

Perpétuité donc pour un militant qui demande l'indépendance de Hong Kong, perpétuité pour les opposants qui soutiennent des sanctions contre Pékin, perpétuité pour les manifestants qui défilent pour défendre la liberté d'expression, et perpétuité pour ceux qui défendent l'indépendance de Taiwan. 

Et la loi prévoit que si nécessaire, les opposants pourront être jugés et condamnés en Chine. C’est le cauchemar des démocrates de Hong Kong: être conduit à Pékin, jugé sur place et disparaître dans les geôles ou les camps chinois.

Peu de manifestations cette fois

La loi prévoit que les tribunaux pourront siéger à huis clos et sans jury populaire. Une nouvelle agence de police est créée, chargée de procéder aux interrogatoires. Hong Kong d’un seul coup, est donc passé d’un système juridique des plus démocratiques à celui de la dictature communiste. C’est un naufrage, naufrage de la liberté et de la démocratie.

Le régime de Pékin avait déjà plusieurs fois essayé de briser les opposants de Hong Kong. Dès 2003, c’est-à-dire juste après la rétrocession, Pékin avait tenté d'imposer sa loi, mais 500.000 manifestants dans les rues de Hong Kong les avaient fait reculer. En 2014, pareil, avec la révolte des parapluies. 

En juin 2019, il y a un an, deux millions de personnes avaient manifesté. Deux millions sur sept millions d’habitants. Une mobilisation inouïe. Un peu comme si en France, on avait un jour 20 millions de manifestants.

Mais mercredi après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi de sécurité nationale, les Hongkongais ont eu peur. Ils sont restés chez eux. Il y a eu des rassemblements interdits, mais pas massifs. 180 personnes ont déjà été arrêtées, pour avoir violé la nouvelle loi. 

Les Etats-Unis et l'Europe ont vigoureusement protesté. La Grande-Bretagne a promis d'accorder la nationalité anglaise à un maximum de citoyens de Hong Kong espérant qu’un passeport britannique pourrait un peu les protéger.

Mais le fait est là, Xi jinping, le tout puissant patron chinois vient de mettre au pas, Hong Kong la rebelle. Il est le président à vie, de ce qui sera bientôt la première puissance mondiale. Et il s’est débarrassé d’un caillou qui le gênait dans sa chaussure. 

Nicolas Poincaré