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"Expliquez-nous": malgré les sondages, Joe Biden peut-il perdre la présidentielle américaine?

Tous les matins à 7h50, Nicolas Poincaré propose sur RMC une chronique pédagogique mais personnelle sur une actualité du jour. Aujourd'hui, les possibilités que Joe Biden perde encore dans la course à la présidentielle américaine alors qu'il est donné gagnant partout dans les sondages.

À une semaine de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, Joe Biden, le candidat démocrate est en tête des sondages. Pourtant, tout peut encore basculer. Il y a quatre ans, à une semaine du scrutin, la moyenne des sondages prévoyaient une victoire d’Hillary Clinton avec quatre point d’avances sur Trump. Des instituts très sérieux estimaient ses chances de victoires à 98 ou 99%. 

Un éditorial du New York Times résumait l’ambiance en écrivant: Hillary Clinton a autant de chance de perdre qu’un joueur de football américain a de chance de rater une transformation face aux poteaux à 33 mètres. Bref, on sait depuis quatre ans qu’une élection gagnée d’avance, ça n'existe pas et qu’un retournement dans la dernière semaine est toujours possible. 

Que s’était-il passé, il y a quatre ans?

Tout avait basculé le 28 octobre. Et nous sommes le 27. Donc il y a pratiquement quatre ans jour pour jour. Le 28 octobre, le procureur James Comway avait relancé l'enquête sur “l’affaire des e-mails”. Ministre des Affaires étrangères, Hillary Clinton avait parfois utilisé sa boîte mail perso au lieu de la boite officielle ultra protégée. Une imprudence au minimum, mais un possible crime fédéral. C’était un tremblement de terre, et un premier gros coup sur la tête de la candidate. 

Et puis le lendemain le 29 octobre, était venue s’ajouter l’affaire du "Pizzagate". Des accusations de pédophilie contre des proches du couple Clinton, un réseau qui aurait eu son quartier général dans une pizzeria de Washington, la "ping-pong pizza". La rumeur naît sur Facebook puis enfle de jour en jour sur les réseaux sociaux. 

Un acteur célèbre Alex Jones, qui a une émission de radio ira jusqu’à dire à l’antenne: “Je pense à tous ces enfants que Hillary a personnellement assassiné, et violé.” On l’a oublié, mais la candidate a vraiment fait l’objet des pires attaques. Le sprint final avait été d’une extrême violence. 

Quatre ans après, Hillary Clinton explique que ces deux scandales de dernière minute lui ont coûté l'élection. Dans un long et passionnant podcast radio, lundi, Hillary Clinton explique qu’elle était persuadée d’avoir gagné jusqu'au 28 octobre. Qu’elle a ensuite été présentée comme un lézard, une meurtrière en série, une tueuse d’enfant. Et que si personne ne pouvait vraiment y croire, des électeurs démocrates se sont dit qu’il n’y avait pas de fumé sans feu et se sont abstenu d’aller voter. 

Hillary Clinton explique aussi qu’elle a perdu parce qu’elle était une femme. Et une femme qui ne s’excusait pas d’être une femme. “Il y eu, dit-elle, un blocage. Un réflexe sexiste chez les électeurs qui ont eu du mal à imaginer qu’un poste aussi important puisse ne pas être confié à un homme”.

La question qui se pose aujourd’hui c’est: est-ce que le retournement d’il y a quatre ans pourrait se reproduire de nouveau? Il faut éviter de refaire les erreurs d’il y a quatre ans, mais Hillary Clinton ne pense pas que cela puisse se reproduire. D’abord parce que Joe Biden est un homme. Ensuite parce que les scandales et les boules puantes de dernières minutes, selon elle, cela ne marcherait pas deux fois de suite. 

Si on regarde les sondages, on constate aussi que les dynamiques ne sont pas les mêmes. Il y a quatre ans, à une semaine du scrutin, Trump était en retard, mais avec une courbe ascendante. Cette année, il est retard avec une courbe stable. Bref la situation est très différente quatre ans après.

Est-ce que tout le monde s’était planté en 2016? 

Presque tout le monde! Un seul institut avait vu venir la victoire de Trump. L'université de Californie du Sud, associé au Los Angeles Times avait effectué un sondage par semaine, les quatre dernières semaines et les quatre avaient placés Trump en tête. Mais ils étaient absolument les seuls, et tous les politologues se moquaient d’eux. 

L’université de Californie du Sud, toujours associé au LA Times prédit cette année une victoire de Joe Biden. Et pas une simple victoire mais un raz-de-marée. Une élection avec 13 points d’avance. 

Et puis il faut dire un mot d’un professeur d’histoire qui s’appelle Allan Lichtman. Il avait pronostiqué la victoire de Trump, grâce à un outil à lui. Une étude de l’économie, du taux de chômage, de l’état de l’opinion. Il se vante d’avoir prévu les résultats de toutes les élections depuis 40 ans. Et c’est vrai. Aujourd’hui, il annonce lui aussi la victoire de Joe Biden. 

Nicolas Poincaré