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Faut-il donner des chars lourds à l’Ukraine? Une réunion de l’Otan décisive

Une réunion très importante de l’Otan a lieu ce vendredi sur une base militaire américaine en Allemagne. Au cœur des enjeux, la possibilité de fournier à l’Ukraine des chars lourds et des armes capables de toucher le territoire russe.

Faut-il encore augmenter l’aide militaire à l’Ukraine? Et livrer des chars lourds? Ce sont les questions auxquelles doivent répondre ce vendredi les principaux membres de l’Otan, avec une réunion très importante qui a lieu sur une base militaire américaine en Allemagne. Cela se passe à Ramstein, pas très loin de la frontière française. 50 pays seront représentés. Tous ceux qui, avec les Etats-Unis, ont décidé de soutenir l’Ukraine face à la Russie. Et l’objet de la réunion, c’est de coordonner l’aide militaire qui va être envoyée à Kiev ces prochains mois.

La question centrale est celle de l’envoi de chars lourds. Les Ukrainiens en réclament 250 à 350, pour que cela puisse peser sur le cours de la guerre. Les Anglais viennent de promettre 14 chars Challenger. Les Français, officiellement, réfléchissent à donner quelques chars Leclerc. Les Américains, pour l’instant, ne veulent pas donner leur char Abraham. Ils ont pourtant déversé sur l'Ukraine des dizaines de milliards d’armes de toute sorte. Mais ils hésitent à franchir le pas et à envoyer des armes offensives que sont ces chars lourds. En tout cas, jusqu’à présent.

Et du coup, tout le monde se tourne vers l'Allemagne et son char Leopard. Toute la pression repose maintenant sur les épaules du chancelier allemand Olaf Scholz. Pourquoi ces chars allemands ont-ils autant d’importance? Tout simplement parce que ce sont les plus disponibles. Le char Leopard 2 s’est vendu à quelque 2.000 exemplaires dans toute l’Europe. Ce qui permettrait à plusieurs pays de partager à la fois l'addition et la responsabilité politique de ces livraisons. Les Polonais, par exemple, sont prêts à livrer très rapidement 14 de leurs Léopards.

Seulement, cela ne peut pas se faire sans l’accord de l'Allemagne. Cela fait partie du contrat. Quand on achète des armes, on ne peut pas les revendre à l’étranger sans l’accord du vendeur… C’est donc ce qui va se jouer ce vendredi. Les Allemands vont-ils oui ou non autoriser l’exportation de leurs Léopards en Ukraine ? On s’attend à ce que cela soit oui, et ce serait un tournant dans la guerre…

Joe Biden envisage d’élargir le potentiel ukrainien

D’autres armes sont également promises à l’occasion de cette réunion. Les Danois, qui avaient acheté à la France 19 canons Caesar, ont annoncé qu’ils allaient les donner à l’Ukraine. Les Anglais viennent de promettre 600 missiles Brimstone. Ce sont des missiles ultra modernes à guidage laser, capables de détruire un char en mouvement à 60 kilomètres.

Ces canons français, ces missiles anglais, ce sont des armes très sophistiquées mais qui ont des portées limitées. Moins de 100 kilomètres. C’est le signe que l’on hésite encore à fournir aux Ukrainiens les armes à très longue portée qu’ils réclament, de peur qu’ils les utilisent pour frapper le territoire russe. Ce qui provoquerait une escalade.

Mais n’est-on pas déjà dans cette escalade? Si, sans doute, puisqu’il y a depuis le premier jour de la guerre une montée en puissance de l’aide militaire occidentale. La question de fond qui va se poser, c’est: est-ce que l’on donne aux Ukrainiens de quoi résister aux offensives russes ou bien est-ce qu’on leur donne les moyens de contre-attaquer et de chasser les Russes de leur territoire, y compris de la Crimée qui a été annexée en 2014? D'après le New York Times, Joe Biden commence à envisager de donner aux Ukrainiens ce qu’il faut pour attaquer les bases russes en Crimée. Ce serait effectivement une véritable escalade. Et l’étape suivante, ce serait la livraison d’avions de chasse, que les Ukrainiens réclament.

Ce sont toutes ces options et tous ces risques qui vont être évoqués ce vendredi par les ministres de 50 pays concernés, dont la France.

Nicolas Poincaré