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Guerre en Ukraine: à Marioupol, les derniers soldats ukrainiens se rendent aux Russes

Les derniers soldats ukrainiens présents à Marioupol se sont rendus aux Russes, ce mardi. La fin d'une longue résistance. L'armée russe a assuré qu'ils seraient bien traités.

C’est la fin d’une résistance acharnée. On a vu mardi des images de soldats ukrainiens avancer vers les Russes les mains en l’air à Marioupol en Ukraine. Une image d’une reddition négociée entre l'armée ukrainienne et l'armée russe avec l’aide de la Croix-Rouge et de l’ONU.

Près de 300 soldats ukrainiens se sont ainsi rendus aux Russes. 53 étaient des blessés graves qui ont été conduits à l'hôpital en zone russe. 211 sont partis dans des bus en direction d’une autre ville contrôlée par les séparatistes pro-russe. Le ministère de la Défense à Moscou affirme qu’ils seront correctement traités, selon les règles qui s’appliquent aux prisonniers de guerre.

La vice-ministère de la Défense ukrainienne affirme de son côté qu’ils seront bientôt échangés et qu'ils pourront rejoindre leur famille en Ukraine. Échangés sans doute contre des militaires russes prisonniers en Ukraine.

Ces soldats appartenaient au fameux bataillon Azov, un bataillon créé en 2014, essentiellement par des militants d’extrême droite ou des néo-nazis. C’est ce qui permettait à Vladimir Poutine de justifier son invasion en expliquant qu’il voulait dénazifier l’Ukraine. Les Ukrainiens affirment eux que ce bataillon, depuis a été intégré à l'armée régulière, qu’il a beaucoup recruté de soldats sans idéologie.

Toujours est-il que les hommes d’Azov se sont battus depuis trois mois à environ 2000 contre 12.000. Ils se sont enterrés dans les sous-sols de l'immense usine sidérurgique d'Azov Stal. Une véritable ville dans la ville avec 20 kilomètres de couloirs souterrains, six niveaux de sous-sol.

Fin avril, les derniers civils avaient été évacués. Des femmes, des enfants, et des vieillards. Restaient depuis environ un millier de soldats, dont au moins la moitié de blessés. Ils n’avaient quasiment plus de munitions, ils manquaient de nourriture et surtout d’eau. Par téléphone, ils racontaient à leur femme, qu’ils n’avaient pas le droit à plus qu’un verre d’eau par jour.

Une ville totalement détruite

Qu’est-ce qui les a finalement décidé à se rendre ? “Nous avons obéi à un ordre du commandement militaire”, a expliqué un des commandants du bataillon Azov.

Des officiers qui jusqu'à présent disaient qu’il leur était impossible de se rendre parce qu’ils étaient persuadés qu’ils allaient être exécutés par les Russes. Visiblement, ils ont reçu des assurances.

Volodymyr Zelinski a justifié cet ordre de reddition. Le président ukrainien dans une vidéo a expliqué : “Nous espérons sauver la vie de nos gars. L'Ukraine a besoin de héros vivants”.

Cette reddition marque la fin d’une bataille terrible. L'armée russe va pouvoir se redéployer ailleurs. Dix bataillons, soit environ 10.000 hommes, ont déjà commencé à quitter Marioupol pour rejoindre d’autres fronts dans le Donbass.

Pour Vladimir Poutine, c’est une victoire militaire et il n’en a pas eu beaucoup. C’est lui qui avait décidé la stratégie du siège autour de l’immense aciérie. Il avait ordonné que l’usine soit assiégée de façon à ce que même une mouche ne puisse y entrer ou en sortir.

En attendant, Marioupol est un champ de ruines. 90% des immeubles sont détruits. Les 400.000 habitants sont presque tous partis. Le maire évoque le chiffre de 20.000 morts parmi sa population. C’est énorme. L’histoire retiendra ce qui est arrivé à cette ville martyre, les bombardements de la maternité ou bien du théâtre, le théâtre où selon un dernier bilan 600 personnes avaient été tuées.

Quant aux Russes, ils ont conquis cette ville essentielle pour eux, à mi-chemin entre le Donbass et la Crimée. Essentielle pour assurer la continuité des territoires qu’ils occupent. Et dans leur esprit, ils ont conquis Marioupol pour toujours, ils n’envisagent certainement pas de quitter cette ville, même si elle est déserte et détruite.

Nicolas Poincaré