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Guerre en Ukraine: ce que va changer l’annexion de territoires ukrainiens par la Russie

Dans "Apolline Matin" ce vendredi sur RMC et RMC Story, l’historien militaire Michel Goya a présenté les enjeux principaux de l’annexion par la Russie de quatre territoires ukrainiens (Donetsk, Lougansk, Kherson, Zaporijjia), qui va être annoncée par Vladimir Poutine ce vendredi.

Le discours de Vladimir Poutine sur l’annexion de territoires ukrainiens

"Il faut s’attendre à un discours de victoire, de justification des sacrifices passés, en expliquant qu’ils n’ont pas été vains pour la Russie et qu’ils ont permis de libérer un certain nombre de territoires, de Russes, du joug ukrainien. Et que la Russie accueille avec plaisir tous ces nouveaux Russes, ces gens qui ne demandaient qu’à rejoindre la mère patrie. Ce discours va être un point du tournant. En réalité, c’est l’entrée en guerre véritable. C’était jusque-là une sorte d’opération extérieure, assez lointaine pour la société russe, qui était maintenue à l’écart. Maintenant, à partir du moment où ces terres deviennent russes, tous les combats se déroulent sur la terre de la mère-patrie. Dans ce cas-là, il faut oublier l’opération spéciale. Ce sera de fait, ou même de droit si la Douma le déclare, une guerre."

"Dans les républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk, il y a eu déjà une forme d’épuration ethnique, beaucoup de transferts de population. On est maintenant sur une terre très largement pro-russe. Mais dans les autres territoires occupés, ce n’est pas encore le cas. Comme en Crimée en 2014, il va y avoir une russification dans les jours qui viennent, assez radicale. Avec l’imposition de la langue russe, du rouble. Et forcer les habitants à échanger leurs passeports ukrainiens contre des passeports russes. Ils deviennent des citoyens russes, forcés mais à part entière."

La fuite des hommes russes

"Il faut noter le caractère exceptionnel de cette situation. On n’a pas d’exemple historique où quand on déclare une mobilisation de la patrie, il y a plus d’hommes qui s’enfuient que ceux qui sont mobilisés ou qui sont en Ukraine. C’est assez extraordinaire. C’est comme si, en France, 100.000 hommes avaient quitté le pays en quelques jours pour échapper à leurs obligations militaires. Cela montre, non pas que la population a changé d’avis, mais qu’elle était à l’écart de cette guerre. Quand vous déclarez une mobilisation partielle, vous franchissez le pas et il n’y a pas de limite. Donc toutes les familles sont concernées, peut-être pas immédiatement mais elles le seront sans doute."

L’Ukraine toujours à l’offensive

"La guerre continue, bien sûr. Du côté ukrainien, ça ne change rien. Ils accentuent encore la pression, ils sont à l’offensive. Ils sont sur le point, dans les heures qui viennent, d’infliger peut-être une défaite assez cinglante aux forces russes dans le nord du pays. Politiquement, l’annexion ne change rien du point de vue ukrainien. Ce sont toujours des terres ukrainiennes à libérer. Sur le champ de bataille, ça ne change rien. Il y a une sorte de course de vitesse qui est enclenchée pour les forces ukrainiennes, qui ont le dessus, très clairement, et qui doivent avancer avant les pluies d’automne qui vont geler un peu les opérations, et avant les effets de la mobilisation russe, qui va prendre forcément un peu de temps."

LP