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"Hugo Lloris nous a énormément déçus": la communauté LGBT attend encore un geste des Bleus au Qatar

Sous la pression de la Fifa, sept sélections européennes ont renoncé à porter un brassard de soutien pour la communauté LGBT au Qatar, pendant les matchs de la Coupe du monde. Hugo Lloris, le capitaine des Bleus, avait lui déjà prévenu qu’il ne le ferait pas. Pour les associations de lutte contre l’homophobie dans le football, c’est une grande déception.

Pas de brassard LGBT à la Coupe du monde. En menaçant d’un carton jaune les joueurs qui prendraient cette initiative, la Fifa a obtenu que les sept sélections européennes renoncent à afficher leur soutien à cette communauté au Qatar. Un pays où l’homosexualité est illégale. "C’est une immense déception, une grande désillusion et une grande douleur, explique Julien Pontes, porte-parole du collectif 'Rouge Direct', au micro de RMC. Cela aurait pu être un acte historique pour la reconnaissance des droits des personnes LGBT au Qatar. Ça embête qui ces messages de paix, d’égalité, de fraternité ? Ça commence à bien faire ces histoires de capitulation devant des régimes sanguinaires, esclavagistes. On est en train de perde, de vendre, toutes nos valeurs."

De son côté, l’équipe de France n’avait pas l’intention de porter ce brassard LGBT. "La France n’y était pas même associée, ce n’est pas étonnant étant donné le comportement de la FFF et de son président Noël Le Graët vis-à-vis de l’homophobie, estime Julien Pontes. C’est une discrimination qui ne l’intéresse pas et qu’il méprise profondément. On pensait pouvoir compter sur des joueurs. Hugo Lloris nous a énormément déçus. Quand il parle de respecter une culture, non, désolé, les violations des droits de l’homme ne relèvent pas de la culture."

"S’il y a un joueur homo dans l’équipe, vous pensez qu’il a envie de faire son coming-out en entendant ça?"

Pour Ouissem Belgacem, ancien joueur pro et auteur de "Adieu ma honte" (Fayard), le statut des internationaux leur confère une influence incontournable. "Tu as un devoir d’exemplarité, encore plus quand tu es en équipe de France et quand tu es le capitaine, souligne-t-il dans ‘Apolline Matin’ sur RMC et RMC Story. Ce que tu vas dire va être entendu, scruté. Il (Hugo Lloris) va à l’encontre de mon combat. Imaginez s’il y a un joueur homo dans l’équipe, vous pensez qu’il a envie de faire son coming-out en entendant ça? Il y a zéro joueur ‘out’ en France. Que le capitaine de l’équipe de France porte une telle parole, ça n’aide pas du tout mon combat. Ça va à l’opposé. Je me demande s’il a une personne homosexuelle autour de lui, s’il a déjà suivi une formation sur la tolérance et l’ouverture d’esprit, parce qu’on ne peut pas tenir de tels propos si c’est le cas. Pour moi, c’est le reflet du système en France aujourd’hui."

"Est-ce que c’est si compliqué que ça à dire pour les joueurs de l’équipe de France?"

Outre l’annonce des Bleus d’un don à des ONG qui œuvrent pour la protection des droits humains, "Rouge Direct" espère un signe pendant la Coupe du monde. "On attend un mot de solidarité des joueurs de l’équipe de France, explique Julien Pontes. Les joueurs australiens ont fait une vidéo magnifique, où chacun prend la parole de manière très digne, très simple, très claire, pour dénoncer les conditions de travail sur les chantiers, la catastrophe environnementale, et ils disent clairement qu’ils sont pour le respect des droits des LGBT et demandent clairement la décriminalisation des relations sexuelles entre les personnes de même sexe. Est-ce que c’est si compliqué que ça à dire pour les joueurs de l’équipe de France ? Il y a un effort à faire à ce niveau-là, de la part de la ministre des Sports (Amélie Oudéa-Castera) aussi, qui doit demander à la FFF et aux joueurs d’avoir un mot de solidarité. Il est encore temps de le faire."

LP