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"Pour survivre, on a dû se nourrir de méduses": le calvaire de Mohammad migrant soudanais qui a tenté la traversée vers l'Europe

Le jeune homme de 20 ans a passé plus de huit jours en mer, à dériver. Il a finalement été sauvé par un pêcheur tunisien de Zarzis.

Depuis le début de l’année au moins 900 migrants sont morts en Méditerranée, selon le Haut-Commissariat aux Réfugiés. La mer rejette régulièrement sur les côtes tunisiennes les corps de celles et ceux qui ont péri en voulant gagner le continent européen. Comme à Zarzis, où la ville devient le théâtre des rêves brisés des migrants.

Mohammad a 20 ans. Après avoir été emprisonné pendant deux ans en Libye, exploités par ses passeurs, il a tenté de traverser la Méditerranée le mois dernier, avec 18 autres migrants, espérant atteindre l’île italienne de Lampedusa. Il est environ une heure du matin, quand la petite embarcation quitte les côtes libyennes.

"On a embarqué sur un petit bateau qui ne fonctionnait pas très bien. Au bout de 12h en mer, le moteur est tombé en panne", explique-t-il. Il va dériver pendant 8 jours en haute mer.

"On n’avait ni à boire, ni à manger. Pour survivre, on a dû se nourrir de méduses. Parfois, ceux qui savaient nager, ils se mettaient à l’eau pour essayer de faire avancer le canot. Il y avait bien des bateaux, des hélicoptères qui passaient près de nous, mais personne ne s’arrêtait. À ce moment-là, tu penses à la personne qui compte le plus pour toi. J’ai pensé à ma mère, le jour où elle apprendrait ma mort", se remémore-t-il. 

"Il faut protéger les gens"

Il est finalement secouru par un pêcheur tunisien. "C’est comme si j’étais né une deuxième fois", affirme le jeune homme. 

Mais d’autres candidats à l’exil, n’ont pas eu cette chance. 71 d’entre eux, ont été enterrés cet été dans un cimetière encore en construction situé au bout d’une route ensablée à l’extérieur du centre-ville. Chamsedinne Marzoug, s’est donné comme devoir de leur offrir une sépulture digne. "Ce sont des hommes, des femmes, des bébés, aussi", énumère-t-il. 

Ecœuré, ce pêcheur et bénévole du croissant rouge tunisien, en appellent aux dirigeants européens.

"Ce sont des êtres humains comme nous. Au lieu de protéger les frontières, il faut protéger les gens", indique le pêcheur. 

Mohammad, lui, espère toujours atteindre l’Europe. Il veut continuer ses études de droit, pour pouvoir aider sa famille, restée au Darfour.

Marie Monier et Benoît Ballet avec Guillaume Descours