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Les collectivités territoriales grandes perdantes du retour de la consigne pour les bouteilles en plastique?

Le projet de loi pour une "économie circulaire", prévoit de mettre en place la consigne pour les bouteilles, canettes et flacons plastique.  Un principe à première vue vertueux, mais qui met sérieusement en colère les mairies, les collectivités territoriales.

Pour lutter contre le gaspillage Brune Poirson, présente ce mercredi le projet de loi antigaspillage en Conseil des ministres. Une des ambitions de ce texte, mettre en place la consigne pour les bouteilles, canettes et flacons plastiques. Vous payez votre bouteille d'eau ou de soda entre 10 et 25 centimes de plus, que vous récupérez si vous rendez la bouteille.

Un principe à première vue vertueux, mais qui met sérieusement en colère les mairies, les collectivités territoriales. Certains départements sont très inquiets notamment le département des Vosges. Benoit Jourdain est président du syndicat de tri des déchets sur place. Et la collecte des bouteilles plastiques pour lui, c'est d'abord un revenu. 

"Nous en fait, on collecte et on trie. Après, on vend à des opérateurs et eux vont se charger du travail de recyclage. L’ordre de grandeur aujourd’hui, c’est de 250 euros la tonne. Si demain il n’y a plus aucune bouteille plastique qui passe, la perte pour le département est entre 2 et 2,5 millions d’euros par an", confie-t-il. 

1,4 milliard d'euros d'investissement bientôt obsolètes?

Autre problème les collectivités ont beaucoup investi pour mieux collecter pour mieux recycler.

"Le législateur, il y a quelques années nous a dit, c’est bien ce que vous faîtes, mais maintenant, il faut aller plus loin. Donc les collectivités se sont lancées dans des projets d’investissement assez conséquents. Pour le département des Vosges, c’est un centre de tri qui représente 15 millions d’euros d’investissement. Et aujourd’hui, le projet de loi, c’est un système concurrent qui va rendre obsolètes nos installations", confie Benoit Jourdain.

À l'échelle de la France, cet investissement qui pourrait devenir obsolète, c'est 1,4 milliard d'euros. D'où les inquiétudes de l'Association des Maires de France. Nicolas Soret y est responsable de la commission déchet.

"Dans ma communauté de communes, si on m’enlève les matériaux que revends, j’augmente la fiscalité de 19,6%. Sur toute la chaîne des déchets, le seul moment où il y a de la valeur positive qui rentrait dans la caisse des collectivités, on dit demain, on va la filer au privé", détaille-t-il. 

Le privé qui s'y retrouve sur deux plans. D'abord, la consigne réhabilite la bouteille plastique montrée du doigt depuis des années, formidable publicité pour les grandes marques. Celles-ci selon la fédération des entreprises de recyclage pourrait gagner quelques millions d'euros sans rien faire, simplement si le client ne rapporte pas la bouteille, qu'il aura payé quelques centimes de plus pour la consigne.

Thomas Chupin avec Guillaume Descours