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"On laisse les identités régionales aux régionalistes": une consultation citoyenne plaide pour la sortie de l'Alsace de la région Grand-Est

Une consultation citoyenne, à la faible participation et sans valeur juridique, a voté à une écrasante majorité pour la sortie de l'Alsace de la région Grand-Est. De quoi faire craindre l'émergence de nouveaux régionalismes, mais qui interroge aussi sur l'intérêt d'avoir de si grandes régions en France.

Les quelque 150.000 votants à une "consultation citoyenne", sans valeur juridique, organisée par la Collectivité européenne d'Alsace (CEA) ont plébiscité à 92,4% une sortie de l'Alsace de la région Grand Est, a annoncé lundi la CEA. Au total, 153.844 bulletins de votes valides ont été comptabilisés, représentant près de 12% de la population des deux départements alsaciens inscrite sur les listes électorales, selon les chiffres de l'Insee.

"Les Alsaciens se sont exprimés très clairement, ils veulent le retour d'une région Alsace, et ils vont obtenir le retour d'une région Alsace", a assuré Frédéric Bierry, président (LR) de la CEA issue de la fusion, en 2021, des conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Il en a profité pour inviter les candidats à l'élection présidentielle à "se saisir" de leur "attente". Ce retour de l’Alsace en région est une revendication locale depuis la création de la région Grand Est, qui réunit depuis 2016 les ex-régions Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne.

Ce vote pourrait donner des idées aux autres notamment aux habitants de Nantes qui aimeraient être rattachés à la Bretagne : "Nous avons envoyé une lettre ouverte aux candidats. Nous demandons un vote pour être réintégrés à la Bretagne historique", assure ce lundi sur RMC Guillaume, vice-président de l’association "A la Bretonne" qui a déployé dimanche le plus grand drapeau breton du monde devant le château des ducs de Bretagne dimanche.

Le retour d'une région Alsace est une revendication locale depuis la création de la région Grand Est, qui réunit depuis 2016 les ex-régions Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne.

"Un danger de radicalisation identitaire"

Pour Benjamin Morel, maître de conférence en droit public à l’Université Paris-2, la création d’une nouvelle région n’est pas une mauvaise chose : "Il faut probablement plus de régions. Il y a un impératif en matière de décentralisation, la démocratie. Cette décentralisation sert à démocratiser certaines politiques publiques des citoyens. Avec les grandes collectivités, la Nouvelle-Aquitaine fait la taille de l’Autriche et le Grand-Est de la Belgique, cela n’a pas de sens".

"Il y a aussi un danger de radicalisation identitaire comme en Espagne et au Royaume-Uni. On laisse les identités régionales aux régionalistes. Lors du scrutin de dimanche, on pouvait voter plusieurs fois et le nombre de votants est inférieur au nombre de ‘non’ lors du référendum de 2013 sur la création d’une collectivité territoriale en Alsace", ajoute-t-il.

"Tout ce que l’on fait aujourd’hui en terme de régionalisme, on le fait avec 30 ans de retard sur nos voisins anglais et espagnols. Il ne faut pas nier les identités régionales mais on les laisse être confisquées par des groupes qui en font un instrument politique", conclu Damien Morel.

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G.D. (avec AFP)