RMC

Ce viticulteur condamné à détruire 2.000 bouteilles car son vin est trop acide selon une norme européenne?

La préfecture d'Indre-et-Loire veut faire détruire 2.000 bouteilles d'un vin réputé, réclamé par des chefs étoilés, car son taux d'acidité serait supérieur à la norme européenne malgré des contre-expertises non-officielle prouvant le contraire. La décision finale sera connue lundi.

Sébastien David, 45 ans, viticulteur en biodynamie à Saint-Nicolas-de-Bourgueil, en Indre-et-Loire, sera fixé lundi : doit-il ou non détruire plus de 2.000 bouteilles de ses vins rouge avant lundi ? Le tribunal administratif d’Orléans a examiné ce vendredi à 11 heures un référé d’urgence déposé par ce vigneron contre un arrêté préfectoral. La réponse a été mise en délibéré et sera connue lundi 13 mai.

La préfète d'Indre-et-Loire lui impose de détruire 2.000 de ses bouteilles de vin avant le 13 mai, en raison d’une trop forte acidité selon les normes européennes en vigueur. Ce qu'il conteste, contre-analyses à l'appui.

Il a été contrôlé en octobre dernier par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) et depuis il se bat pour sauver la cuvée 2016 de son vin. En soutien au vigneron, une pétition a été lancée et signé par plus de 100.000 personnes.

"Entre 0 et 20 c'est du vin. Au dessus de 50 c'est du vinaigre, mais entre 20 et 50 c'est rien du tout"

C'est donc 2.078 bouteilles entreposées dans des cartons au fond d’une cave sous scellés. Ce vin rouge biodynamique est vinifié par Sébastien David en amphore, selon une méthode ancestrale. Un vin réputé, mais que la répression des fraudes juge donc trop acide.

"Les résultats ont donné une valeur supérieure à la norme européenne de 20 milli par litre, et ils ont trouvé 21,8. Entre 0 et 20 c'est du vin. Au dessus de 50 c'est du vinaigre, mais entre 20 et 50 c'est rien du tout."

Pour prouver qu'il respecte la norme, il diligente des contre-analyses. Sur ces comptes-rendus, le taux d’acidité tombe à 19. Mais la préfecture n'en tient pas compte. Elle demande la destruction du lot avant lundi prochain. Ridicule selon Me Eric Morain qui défend ce vigneron.

"Nous allons demander au tribunal administratif de suspendre l'arrêté préfectoral, quel est le danger que représente ce vin réclamé par des consommateurs, par des chefs d'étoilés ? On vient nous dire qu'il y a une énorme urgence, que c'est une bombe en bouteille ou quasiment et qu'il faut le détruire."

En cas de confirmation de l'arrêté "c'est l'arrêt de mort de mon entreprise agricole"

Après avoir perdu une partie de sa récolte à cause du gel, l'enjeu financier est important pour Sébastien David car ce lot représente 50.000 euros de manque à gagner.

"C'est l'arrêt de mort de mon entreprise agricole, c'est fini je n'ai plus aucune intention de me battre. C'est le pot de fer contre le pot de terre. Je ne bois pas de la norme, je ne bois pas de chiffres, je bois du plaisir, on boit de la sociabilité."

La préfecture refuse de s’exprimer pour l’instant, elle attend la décision du tribunal administratif de ce vendredi. Là où des vignerons se sont donnés rendez-vous pour trinquer et soutenir Sébastien David avant et après l'audience. Réponse définitive lundi.

Caroline Philippe et Romain Poisot (avec James Abbott)