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Abolie depuis 40 ans, la peine de mort peut-elle être rétablie en France?

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"EXPLIQUEZ-NOUS" - Revoilà le débat sur la peine de mort, exactement 40 ans après son abolition.

Mercredi sur RMC, Eric zemmour s’est prononcé pour le rétablissement de la peine de mort, en affirmant que la majorité des Français y était favorable. Est-ce exact 

Les sondages indiquent que 50% ou un peu plus de 50% des Français sont effectivement pour la peine de mort. Au moment de l’abolition, en 1981, deux Français sur trois était en faveur de la peine capitale. 25 ans plus tard, c'était exactement l’inverse: deux Français sur trois ne souhaitaient pas le rétablissement de celle-ci. Et aujourd’hui, les enquêtes montrent que l’opinion est partagée.

Des sondages qui en réalité n'ont pas beaucoup de sens. L’abolition de la peine de mort est presque irréversible. Elle a été inscrite dans la constitution par Jacques Chirac, article 66: Et aujourd’hui, les enquêtes montrent que l’opinion est partagée, mais que les partisans de la peine de mort ont tendance depuis plusieurs années à être de plus en plus nombreux.

Et quand bien même la constitution serait modifiée, la France serait liée par des traités et des conventions. Il faudrait sortir de l’Union européenne, et de la Cour européenne des droits de l’homme. Bref, le rétablissement est quasi impossible et d’ailleurs même le Rassemblement national n’a plus inscrit cette mesure à son programme.

Le dernier condamné exécuté à Marseille en 1977

L’abolition de la peine de mort, c’était donc il y a quarante ans. Adopté au parlement le 18 septembre 1981 après un long discours du garde des Sceaux Robert Badinter. Celui-ci qui a aujourd’hui 93 ans et qui est revenu mercredi à l’assemblée pour prononcer un nouveau plaidoyer contre la peine capitale. Et il a évoqué la dernière exécution, c’était à Marseille le 10 septembre 1977.

Le condamné était un Tunisien de 27 ans, Hamida Djandoubi. Un garçon qui avait été victime d’un accident du travail et qui avait perdu une jambe. Il est ensuite devenu à moitié dingue et totalement pervers. Il vivait avec deux femmes et sous leurs yeux, il avait torturé puis étranglé son ancienne compagne. Avant encore d’enlever et de violer une jeune fille de 15 ans. La cour d’assises des Bouches-du-Rhône l’avait condamné à mort et le président Giscard d’Estaing avait refusé de le gracier. Il a été exécuté dans la cour des Baumettes. Une juge d’instruction avait noté tout ce qui s’est passé minute par minute. Un texte glaçant qui a ensuite été publié par Le Monde.

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Lorsque François Mitterrand a été élu le 10 mai 1981, il restait deux hommes condamnés à mort. Tous les deux détenus à la prison de Fresnes. Et l’un d’entre eux, Philippe Maurice savait que si Mitterrand n’était pas élu, il n’allait pas échapper à la guillotine. Son pourvoi en cassation avait été rejeté et Valéry Giscard D’estaing avait fait savoir qu’il ne le gracierait pas. Parce qu’il avait été condamné pour complicité dans la mort de deux policiers, et surtout parce que quelques jours avant, il avait tenté de s’évader du couloir de la mort.

Gracié par François Mitterrand

Son avocate, amoureuse, lui avait fait parvenir un pistolet. Il comptait prendre un gardien en otage et gagner la sortie où l’attendait un complice. Seulement le gardien ne s’est pas laissé faire, le condamné lui a tiré une balle dans la jambe avant d'être maîtrisé. À partir de là, ses chances de sauver sa tête sont devenues quasi nulles. Seule la victoire de la gauche pouvait le sauver.

Le 10 mai au soir, Philippe Maurice était dans sa cellule grillagée, surveillé par un gardien qui écoutait la radio. Et à 20 heures, il a entendu: “François Mitterrand est élu président de la République”. Il n’a fait aucun commentaire et le gardien non plus. Quatre jours après son investiture, le nouveau président l’a gracié et commué sa peine en perpétuité. Philippe Maurice est resté 20 ans en prison. Il y a passé son bac, puis une licence d’histoire, puis une maîtrise, puis un doctorat d’état, sur le Moyen Age. Il est sorti de Prison en 2000 et depuis, il est chercheur au CNRS. Il vit discrètement dans la région de Limoges.

Je l’avais rencontré pour les 30 ans de l’abolition de la peine de mort, il y a 10 ans. Il m’avait expliqué qu’il ne donnait jamais d'interview ou presque par respect pour les victimes. Il ne veut pas faire le malin et sembler fier de sa jeunesse de voyou. Voici l’histoire du dernier condamné à mort, qui est aussi l’histoire d’une réinsertion parfaitement réussie.

Nicolas Poincaré