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Affaire Benalla: peut-on vraiment parler de "copinage malsain" dans la police et la gendarmerie?

Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a parlé lors de son audition face à la commission des lois, "des dérives individuelles inacceptables sur fond de copinage malsain" émaillent l'affaire Benalla. Qu'en est-il vraiment?

Le préfet de Paris, Michel Delpuech a évoqué lundi lors de son audition face à la commission des lois "des dérives individuelles inacceptables sur fond de copinage malsain" dans le cadre de l'affaire Benalla. Le chef adjoint proche d'Emmanuel Macron dont le rôle reste flou.

"Cette affaire, comme le dit la presse, n'est évidemment pas sans conséquences sur la préfecture de police. Fondamentalement, ces événements résultent de dérives individuelles inacceptables, condamnables, sur fond de copinage malsain", a déclaré le préfet lors de son audition à l'Assemblée.

Au fil de l'audition, Michel Delpuech a précisé sa pensée en indiquant que le "copinage" dénoncé visait avant tout les trois fonctionnaires de la Direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC) de la préfecture de police mis en examen et Alexandre Benalla. Trois haut gradés de la police sont en effet soupçonnés d'avoir fourni à M. Benalla des images de vidéo-surveillance après la révélation du scandale.

D'après un haut fonctionnaire, "le système de nomination de la police est vicié" et "créé des courtisans"

Alexandre Benalla qui, d'après nos informations, usait et abusait de sa carte de chef adjoint du cabinet de l'Elysée, comme d'un sésame, n'était pas particulièrement proche de ces trois policiers mis en examen. En revanche ces fonctionnaires ne pouvaient pas ignorer qu'il avait la confiance du Président. Et que cela pouvait être un moyen d'être bien vu de l'Elysée.

Laurent Simonin, contrôleur général de la direction de l'ordre public est allé jusqu'à proposer à Alexandre Benalla de visionner les images de vidéosurveillance du 1er mai. Peut-être pour obtenir, avance un cadre de la police, une place dans le très sélect Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), composé de 80 fonctionnaires de police et de gendarmerie. Selon une source policière, "près de 400 fonctionnaires souhaiteraient l'intégrer". 

D'après un haut fonctionnaire, ce "système de nomination de la police est vicié et crée des courtisans". Un système dont Alexandre Benalla, qui était dans le viseur de plusieurs hauts-fonctionnaires, a pu profiter depuis l'élection d'Emmanuel Macron. 

Un cadre de la gendarmerie: Benalla pouvait apporter un "nouveau regard sur la sécurité et intervenir en tant qu'expert"

Lundi matin, le directeur général de la gendarmerie nationale, Richard Lizurey, s'est entretenu en visio-conférence avec les commandants de région. Une discussion pendant laquelle il est revenu sur les conditions d'obtention du grade de lieutenant-colonel d'Alexandre Benalla au sein de la réserve de la gendarmerie.

Une nomination qui date d'octobre 2017. A l'époque, le chargé de mission sécurité de l'Elysée, fort de son expérience dans la sécurisation des déplacements officiels du président pouvait apporter, d'après un cadre de la gendarmerie, un "nouveau regard sur la sécurité et intervenir en tant qu'expert". Pour autant, Alexandre Benalla qui avait rejoint en 2009 la réserve de la gendarmerie, n'avait jamais été mobilisé à ce titre.

Marion Dubreuil (avec J.A.)