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Affaire Théo: des caméras pour la police? "On peut truquer les vidéos pour protéger le policier"

Certaines manifestations dégénèrent, les policiers sont très tendus. La polémique autour de l'affaire Théo est toujours aussi vive. Elle vient relancer  - entre autres - le débat sur les contrôles au faciès.

Vendredi, François Hollande en visite à Dreux et à Chartres, va rencontrer des policiers sur le thème de la sécurité. A Dreux justement, car une expérimentation des caméras dites piétons, portées par les policiers, a lieu depuis 2013. Trois caméras seulement sont à la disposition des policiers, aucun bilan n'est pour l'instant tiré, et difficile de rencontrer des habitants qui ont été confrontés à des contrôles avec ces caméras.

En France, ce dispositif est expérimenté depuis 2012, avec 1.900 caméras déployés. Jeudi dernier, Bruno Le Roux a annoncé que 2.600 caméras piétons supplémentaires vont être déployés en France. Les policiers ont pour l'instant le choix de mettre en route l'enregistrement. Mais à partir du 1er mars, le déclenchement de l'enregistrement sera automatisé à chaque contrôle.

"Il y a toujours y a une petite minorité de policiers qui font n'importe quoi"

Les fonctionnaires semblent bien accepter l'idée de filmer les interventions, comme les habitants de Dreux, comme Hoummad 43 ans. Il habite depuis toujours dans le quartier du Lièvre d'Or. "Il y a toujours y a une petite minorité de policiers qui font n'importe quoi, dès que tu es un arabe ou un noir, dès que tu n’as pas la ‘couleur français’, dès qu'on te voit, c’est ‘mets-toi sur le côté, on te fouille, papiers’".

Alors ces caméras portées par les policiers, Hoummad y est favorable comme son ami Mohcine, mais avec des réserves. "La caméra c'est une police de la police, mais s’il y en a un qui la porte et que les deux ou trois autres ne la portent pas ça ne va rien changer".

Leur crainte, est simple : que les vidéos ne soient pas crédibles. "On peut truquer les vidéos pour protéger le policier", remarque Mohcine. Une critique balayée par Jean-Marc Porchet, du syndicat Unité SGP Police: il pense surtout que filmer les interventions aura un rôle préventif important. "C'est utile à tous les niveaux, il y a un rôle ‘anti-débordements’ à la fois des mis en cause mais aussi de certains fonctionnaires qui sont complètement à bout, par faute d'effectifs les collègues enchaînent les heures. Alors l'installation des caméras c'est bien, c'est essentiel, mais pas au détriment d'autres équipements ou de personnel".

Deux questions restent sans réponse : la date de généralisation de ces caméras et l'enregistrement en intervention: se fera-t-il automatiquement ou manuellement ?

Pierre Gallaccio et Marie Monier (avec A.M.)