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Attaque à la prison de Condé: sur RMC, Nicole Belloubet dit "s'interroger sur le fait que sa compagne ait pu entrer en prison et qu'elle n'ait pas fait l'objet d'une fouille"

Au lendemain de l'attaque à la prison de Condé-sur-Sarthe, la Garde des Sceaux répondait aux questions d'Apolline de Malherbe à 7h40 sur RMC.

Michaël Chiolo, le détenu radicalisé qui a poignardé mardi matin deux surveillants à la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe, a été interpellé dans la soirée à l'issue d'un assaut des forces de l'ordre au cours duquel sa compagne a été tuée.

Ce détenu de 27 ans s'est retranché durant près de dix heures dans l'unité de vie familiale de la prison. Dès mardi midi, la ministre de la Justice Nicole Belloubet avait qualifié d'"attaque terroriste" cette agression au couteau en céramique. Selon des sources concordantes la femme aurait pu cacher les armes ainsi que la fausse ceinture d'explosif dans un faux ventre de femme enceinte.

"Mesurer à quels endroits il y a des choses qui nous ont échappées"

Invitée de RMC, mercredi matin à 7h40, la Garde des Sceaux a réaffirmé à Apolline de Malherbe qu'il s'agit "d'un acte d'une lâcheté incroyable et d'une attaque terroriste" rappellant que la maison centrale de Condé-sur-Sarthe, "l'un des deux établissements français les plus sécuritaires", accueille 110 détenus pour 195 places.

"J'ai demandé une inspection pour mesurer à quels endroits il y a des choses qui nous ont échappées. Je m'interroge sur le fait notamment que sa compagne ait pu entrer en détention et qu'elle n'ait pas fait l'objet d'une fouille" a-t-elle expliqué.

"Cette inspection est pour voir où sont les failles de notre système et pour changer les choses. Il ne me semble pas pensable que l'on puisse entrer en détention avec des objets qui ne sont détectés, comme le couteau en céramique" a indiqué Nicole Belloubet avant de préciser qu'"On peut parfaitement exiger qu'il y ait une fouille, si la personne refuse, elle ne rentre pas". 

"Nous ne sous-estimons pas le problème de la radicalisation dans les prisons"

La ministre de la Justice est par ailleurs revenu sur le profil du détenu de 27 ans, condamné de "droit commun". Converti à l'islam en 2010, le détenu purge une peine de réclusion criminelle pour arrestation, enlèvement, séquestration suivie de mort et vol avec arme, et d'un an d'emprisonnement pour apologie publique d'acte de terrorisme. Il est libérable en 2038.

En novembre 2015, alors qu'il était déjà incarcéré à Mulhouse dans l'attente de son jugement en appel, Michaël Chiolo avait été condamné à un an de prison ferme pour avoir demandé à ses codétenus de "rejouer" l'attaque du Bataclan dans la cour de la maison d'arrêt. "C'est pour cela qu'il a été condamné à 1 ans pour apologie du terrorisme" et transféré à la centrale de Condé-sur-Sarthe, a indiqué la Garde des Sceaux. "Ce que constatait les surveillants, son comportement en détention révélait quelqu'un qui était certes radicalisé mais pas quelqu'un qui avait un comportement violent". 

Nicole Belloubet, enfin, a été interrogée sur les conditions de détention des personnes radicalisées: "Je n'ai pas le sentiment que nous ayons sous-estimé le problème de la radicalisation dans les prisons. Nous le prenons à bras-le-corps. Manifestement, il y a encore des failles et je suis là pour y remédier". 

"C’est une période de transition, les 1200 détenus radicalisés vont être placés dans des quartiers spécialisés, qui seront adaptés. Il n'est pas question d'accueillir les djihadistes de Syrie, hors cas par cas" a-t-elle conclu.

Xavier Allain