RMC

Attentat à Manchester: "Vu les modes opératoires qui changent tout le temps, le risque zéro n’existe pas"

-

- - AFP

Après l’attentat dans une salle de concert de Manchester, la sécurité dans les espaces culturels revient au cœur des débats. Thierry Teodori, directeur général de la Halle Tony-Garnier à Lyon, explique à RMC comment il sécurise sa salle. Une salle où devait se produire Ariana Grande le 9 juin prochain.

Thierry Teodori est le directeur général de la Halle Tony-Garnier, où devait se produire Ariana Grande en juin prochain.

"Un lieu de divertissement, de culture, dans lequel les gens viennent se distraire, c’est forcément une cible pour des gens qui veulent porter atteinte à cette liberté dont les citoyens jouissent dans nos pays. Notre réaction est simple: une immense solidarité avec les gens touchés. Après, en terme de fourniture de moyens, il faut que nous restions modestes. Ce ne sont pas les gestionnaires de lieux qui pourront venir à bout d’un tel fléau. Il faut être attentif, former le personnel. Ce travail existait déjà avant que n’arrivent ces drames successifs.

Chaque site à sa spécificité par rapport à ce qui se passe à l’intérieur et autour de la salle. Nous avons une salle de grande capacité, avec des dégagements, avec un contrôle qui se fait au niveau des grilles qui sont assez éloignées de l’entrée. On travaille sur plusieurs scénarios. Un scénario qui consiste à garder le public à l’intérieur s’il y a un événement qui se passe à l’extérieur. Et inversement faire des évacuations les plus rapides possibles si on a un événement dans la salle.

Ce qui est très compliqué, c’est la légitimité d’intervention. Autant nous pouvons faire un travail sur un certain périmètre qui consiste à sécuriser au maximum la grande proximité et à l’intérieur de la salle, autant à partir du moment où on est sur la voie publique on n’a pas de légitimité à intervenir, on n’en a même pas le droit. On travaille avec les forces de l’ordre. On a des agents qui surveillent les files d’attente en plus des forces de police pour voir s’il y a quelque chose d’anormal mais sur la voie publique ce n’est absolument pas de notre ressort.

"Des moyens limités par rapport à l’étendu du fléau"

Vu les modes opératoires qui changent tout le temps et qui sont monstrueux, le risque zéro n’existe pas. Mardi soir, on avait un concert de M. Pokora. On a été encore plus vigilant, les fouilles étaient encore plus longues. Les forces de police étaient encore plus présentes. On va faire une surenchère par rapport à ce qu’on faisait déjà. Mais avec des moyens limités par rapport à l’étendue du fléau.

Les spectateurs doivent se rendre compte qu’il faut se rendre plus tôt dans les salles pour qu’on ait le temps de faire les palpations dans les meilleures conditions. Un spectacle arrive le matin pour jouer le soir, on ne peut pas imaginer qu’on pourrait ouvrir les portes à 14h, puisque le show est en train de se monter. A l’intérieur de la salle, jusqu'à 17h ou 18h, c’est un chantier. Parfois le public arrive très tard quand il s’agit de places numérotées. Quand on a 10 ou 15.000 personnes à fouiller, ça prend du temps. On essaie de faire en sorte que les concerts soient à l’heure, mais il faut qu’on ait le public sous la main".

Propos recueillis par Claire Andrieux