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Attentat à Manchester: pour ce rescapé du Bataclan, il ne faut pas "s’habituer à l’horreur"

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L’attaque terroriste dans une salle de concert de Manchester a fait 22 victimes et une soixantaine de blessés. Un acte qui fait ressurgir les souvenirs chez ceux qui en France ont vécu un événement comparable. Pour Alexis Lebrun, porte-parole de l’association Life for Paris et rescapé du Bataclan, il faut insister sur la prise en charge psychologique des survivants.

Alexis Lebrun, rescapé du Bataclan, est le porte-parole de l’association de victimes du terrorisme "Life for Paris".

"Je n’ai pas forcément la sensation de revivre ce que j’ai vécu. Parce que j’ai la chance de pouvoir mettre un petit peu à distance tout ce qui s’est passé, avec le temps. Mais il y a beaucoup de personnes pour qui c’est le cas, notamment à cause des similitudes. C’est une salle de concert, avec un public très jeune… Il y a eu énormément d’attentats en Europe et dans le monde depuis un moment, alors certes il y a des spécificités, comme à Orlando ou à Istanbul, mais la réaction est toujours la même: on ne peut être que consterné et triste.

Il n’y a pas de mots pour décrire ce qui s’est passé. Je pense qu’il y a des gens pour qui c’est difficile, évidemment. Mais les gens se parlent. Ils sont solidaires, je ne doute pas que les gens qui ont noué des liens depuis deux ans s’entraident. Nous, on ne s’habituera jamais et il faut que personne ne s’y habitue. Si on s’habitue à l’horreur on perd une partie d’humanité. Mais c’est une vraie question, notamment pour le traitement médiatique ou politique de ces événements.

Avec notre expérience, ce qui est hyper-important dans la période actuelle, au-delà de la prise en charge des victimes et de la recherche des proches, c’est la prise en charge psychologique de toutes les personnes qui étaient présentes. C’est une très grosse salle de concert, il y avait énormément de monde de présent, il y a un énorme travail psychologique à faire. Par expérience, il faut absolument que les personnes touchées soient pris en charge le plus vite possible si on ne veut pas que les séquelles à long-terme soient particulièrement difficiles, ensuite, à atténuer. Il faut vraiment que la prise en charge psychologique, même s’il y a énormément de monde touchée, soit à la hauteur. C’est une priorité.

"Il faut éviter que les gens soient livrés à eux-mêmes"

Je ne sais pas comment ça se passe à Manchester parce que je ne suis pas sur place, mais nous, on en a fait l’expérience: il faut éviter que les gens soient livrés à eux-mêmes. On l’a vu à Paris. Evidemment quand c’est de très grande ampleur, c’est très difficile à gérer. Mais il faut absolument qu’il y ait un vrai accompagnement. 

En France, on a appris, malheureusement dans la douleur. On est très en avance là-dessus par rapport à d’autres pays européens. Il y a clairement des choses dont d’autres pays peuvent s’inspirer. Nous, on travaille pour faire avancer cette cause-là en Europe. Tous les pays sont touchés, ça n’arrive pas qu’aux autres, il faut pouvoir faire face. La lutte contre le terrorisme doit se régler au niveau européen, ça ne se fait pas dans son quoi. Cette fois, les personnes touchées sont en plus extrêmement jeunes. Quand je pense à des gens qui entrent dans la vie adulte qui vivent un acte terroriste, ils vont devoir le porter toute leur vie. Il n’y a rien pour décrire ça".

Propos recueillis par Antoine Maes