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Attentat de Nice: pourquoi il ne peut pas y avoir eu de radicalisation express

Alors que le procureur de la République de Paris, François Molins, a indiqué que Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l'auteur de l'attentat du 14 juillet à Nice, "semble avoir envisagé et mûri plusieurs mois avant son passage à l'acte", sur RMC, Patrick Amoyel, professeur de psychopathologie à Nice, tente de dresser le profil du terroriste.

Une semaine après l'attentat qui a coûté la vie à 84 personnes le 14 juillet à Nice, l'enquête connaît des "avancées notables", a indiqué le procureur de la République de Paris François Molins jeudi. Le tueur semble avoir envisagé son passage à l'acte "plusieurs mois avant" a aussi souligné le procureur de la République de Paris. "La poursuite des exploitations téléphoniques et informatiques a permis de découvrir sur un téléphone du terroriste plusieurs clichés révélateurs", a-t-il détaillé. Ce vendredi sur RMC, Patrick Amoyel, professeur de psychopathologie à Nice, essaye de décrypter qui est vraiment Mohamed Lahouaiej Bouhlel.

"Il ne peut pas y avoir eu de radicalisation express, estime celui qui est aussi le président de l’association Entr’Autres, engagée contre la radicalisation. En effet, si le passage à l'acte a pu être rapide, le fait d'envisager un tel acte prend nécessairement du temps". Et de s'expliquer: "Il faut distinguer l'entrée dans 'l'être terroriste', qui prend du temps, et le passage à l'acte proprement dit, qui peut être décidé rapidement. Le passage à 'l'être terroriste' implique un processus de changement identitaire, la recherche d’une nouvelle identité. Et ça, ça ne peut pas se faire en quelques jours."

"La dimension idéologique l'a emportée sur la dimension psychologique"

En effet, ce spécialiste rappelle qu'il "y a trois étapes: la radicalisation, le passage à l''être terroriste' et le passage à l'acte. Et c'est entre ces deux dernières phases que cela peut s'accélérer. Cela peut se jouer sur un élément psychologique. Mais dans le cas de l'attentat de Nice, la dimension idéologique l'a emportée sur la dimension psychologique. Et c'est bien ce que montre le rapport du procureur Molins".

Dès lors, comment faut-il procéder pour pouvoir identifier ces personnes qui ne sont pas fichées S, ni religieuses, ni consultant des sites jihadistes…? Comment les repérer? Pour Patrick Amoyel; "effectivement, la difficulté augmente. On peut trouver les éléments de leur radicalisation, de leur extrémisme, plus dans ce qu'on appelle des 'éléments de discours', à savoir des mots ou de manière d'être, que dans le comportement extérieur".