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"C’est prendre les gens pour des imbéciles": des victimes du chlordécone s'insurgent du non-lieu

Un non-lieu a été prononcé jeudi dans l'affaire du chlordécone, aux Antilles. Les juges d'instruction ont estimé que les faits étaient prescrits. Une décision que ne comprennent pas les victimes.

Un non-lieu a été prononcé par les juges d'instruction dans l'enquête sur l'empoisonnement au chlordécone dans les Antilles. Si les juges reconnaissent un "scandale sanitaire" et une "atteinte environnementale dont les conséquences humaines, économiques et sociales [...] affecteront pour de longues années la vie quotidienne des habitants" de Martinique et de Guadeloupe, ils estiment que les faits sont prescrits.

Le chlordécone est un pesticide interdit en France depuis 1990, mais qui a continué à être autorisé jusqu'en 1993 dans les champs de bananes de Martinique et de Guadeloupe par dérogation ministérielle. Cela a provoqué une pollution importante et durable des deux îles. Plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone, selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire.

"Le combat n’est pas terminé"

Le non-lieu prononcé jeudi a révolté Maître Christophe Lèguevaques. Avocat au barreau de Paris, il défend un Martiniquais et un Guadeloupéen touchés par ce scandale sanitaire.

“Les juges d’instruction expliquent que d’abord, il y aurait prescription, ce que nous contestons formellement, et surtout qu’en 1990, les connaissances scientifiques de l’époque ne permettaient pas d’évaluer la dangerosité du produit. Or justement en 1990, on avait interdit ce produit parce qu’il était dangereux et aujourd’hui on vient nous dire qu’en 1990 on ne savait pas. C’est vraiment prendre les gens pour des imbéciles. L’OMS a classé le chlordécone comme cancérigène probable et en 1980, l’Allemagne de l’Ouest l’a interdit. Mais en France, on ne sait pas ce qui se passe. Le combat n’est pas terminé, ce n’est qu’un premier round. La guerre ne fait que commencer”, assure-t-il.

Les populations antillaises présentent un taux d'incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde.

La rédaction de RMC