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Comment vivre avec la menace terroriste

Après l'attaque de mardi dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, les Français prennent conscience que les terroristes peuvent dorénavant frapper partout et à tout moment. Alors que la menace fait donc désormais partie du quotidien, Sylvie Tenenbaum, psychothérapeute et auteure de "Apprendre à vivre avec les attentats" (ed. Albin Michel, 2016), explique comment faire pour ne pas céder à la peur.

Continuer à vivre normalement, restreindre ses déplacements, annuler des événements ou ne pas céder à la peur? Face à la menace terroriste et à la multiplication des attentats sur le territoire, les Français réagissent différemment. Mais, force est de constater, que désormais il peut y avoir des attentats partout, tout le temps. Donc une question se pose: peut-on apprendre à vivre avec les attentats? "Oui", répond sur RMC Sylvie Tenenbaum, psychothérapeute et auteure de "Apprendre à vivre avec les attentats".

"Je pense qu'avec les attaques les plus récentes c'est un peu plus difficile, nuance-t-elle toutefois. Il y a en effet eu une prise de conscience encore plus forte par rapport à ce qui s'était déjà passé avec Charlie Hebdo, l'Hyper Casher, etc. A ce moment-là, les gens se disaient 'C'est à Paris, c'est loin'. Désormais, ils se rendent comptent que cela peut avoir lieu n'importe où, n'importe quand et sur n'importe qui."

"Ne surtout pas s'arrêter de vivre"

"Nous n'avons absolument pas la culture de la menace terroriste, souligne encore cette spécialiste. Certains pays comme Israël l'ont malheureusement. En effet, il y a dans ces pays des attentats très fréquemment. Ils sont donc mieux 'armés' psychologiquement parlant pour y faire face. Il y a des sirènes, des abris… Les gens sont malheureusement nés là-dedans".

Si les attaques se multiplient, pour autant va-t-il falloir s'y habituer comme l'a dit Manuel Valls en s'adressant à des lycéens ? "Non mais il faut faire avec, assure Sylvie Tenenbaum. Il ne faut surtout pas s'arrêter de vivre. Il faut continuer à vivre puisque c'est notre mode de vie qui est délibérément touché. Notre vivre ensemble dans une cohésion sociale, avec une mosaïque de gens différents. En France, on est vraiment dans une culture de la démocratie: liberté, égalité, fraternité et vivre ensemble. Et cela, il ne faut absolument pas que cela cesse".

"4.000 victimes indirectes"

Selon un chiffre officiel relevé dans les cellules psychologiques d’urgence et donné ce jeudi par cette psychothérapeute, "on compte 4.000 victimes des attentats, entre les victimes directes, c’est-à-dire blessées ou décédées, et celles indirectes appartenant aux cercles des personnes touchées. J'ai moi-même des patients qui n'ont pas été directement touchés mais qui viennent quand même consulter car traumatisés."

Pour Sylvie Tenenbaum, "en termes de traumatisme", "la situation est comparable à celle vécue par les Français sous l'Occupation en raison notamment de l'imprévisibilité qui fait que l'anxiété, surtout chez les gens fragiles, peut être constante".