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Elle va défendre Salah Abdeslam lors du procès du siècle, qui est Olivia Ronen?

"LE PORTRAIT DE POINCA" - La jeune avocate va défendre un des principaux accusés au procès des attentats du 13-Novembre. Pourquoi c’est surprenant?

Pour ce procès historique des attentats du 13-Novembre, le principal accusé, Salah Abdeslam à choisi pour le défendre, une inconnue. Une jeune avocate de 31 ans, très discrète, Olivia Ronen.

Les raisons de ce choix restent assez mystérieuses. Salah Abdeslam devait être défendu par un ténor du barreau de Lille, Franck Berton. Mais les deux hommes se sont séparés il y a un peu moins d’un an, d’un commun désaccord. Abdeslam s’était réfugié dans un mutisme total et refusait de préparer sa défense avec son avocat. Maître Berton a préféré se retirer.

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Peu après, Olivia Ronen a été directement contactée par le survivant des commandos du 11 septembre. Il l’aurait vu à la télévision parler de la défense des djihadistes.

Depuis, l’avocate s’est entièrement investie dans ce dossier hors normes. Elle se rend, une fois par semaine, rencontrer son client à Fleury-Mérogis. Et rien ne filtre de la stratégie qu’ils ont mis au point. On ne sait pas si Abdeslam acceptera de parler pendant son procès, ni même s’il assistera aux audiences. Olivia Ronen applique un respect total pour le secret des échanges entre elle et celui qu’il défend.

Aucune interview

Et pour être sûr de ne pas violer ce secret, elle a choisi une stratégie efficace, elle ne donne aucune interview. Juste quelques mots au Point ou à l’AFP pour dire que face à un dossier pareil, il ne peut y avoir aucun compromis. Qu’il ne faut pas avoir peur de déplaire ou de choquer. Ou alors, dit-elle, on reste chez soi.

Olivia Ronen a été à bonne école. Elle a été la dernière collaboratrice d’un immense pénaliste aujourd’hui disparu, Thierry Lévy, adepte d’une défense agressive. Dans sa jeune carrière, elle a défendu un ancien militaire français qui était parti faire le djihad en Syrie et qui a été condamné à 11 ans de prison. Elle a aussi été l’avocate d’un complice du terroriste du 14 juillet à Nice. Mais cet homme s’est suicidé en prison avant le procès. Tout cela ne lui donne pas une très grande expérience en matière pénale.

Fille d’une fonctionnaire et d’un chef d’entreprise, elle a fait ses études à la Sorbonne puis elle a été élue à la conférence du stage, le concours d’éloquence qui désigne tous les ans les meilleurs jeunes avocats. À ce titre, elle s'était adressée en 2017 à toute une promo de l’école du barreau et elle avait dit à ces jeunes confrères. “Notre métier, c’est d’utiliser les mots, de jouir, d’user, et d’abuser du verbe.

Elle ne savait pas alors qu’elle se retrouverait bientôt face à cet Everest judiciaire. Elle a aujourd’hui une énorme pression sur les épaules, elle sait qu’elle sera jugée, détestée, peut être menacée. Elle a confié : il va falloir se montrer à la hauteur…

Nicolas Poincaré