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"Expliquez-nous": y a-t-il une impunité pour les violences ou le racisme dans la police?

Après plusieurs jours de manifestations contre les violences policières, Christophe Castaner a annoncé lundi une série de mesures.

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, espère rétablir la confiance en la police. Il promet notamment une “tolérance zéro” pour les actes ou les paroles racistes. “Le racisme n’a pas sa place dans la police. Il faut le combattre et s’en donner les moyens”, a-t-il indiqué.

Le ministre annonce donc ce qu’il appelle des “décisions fortes”. Désormais chaque soupçon avéré de racisme de la part de policiers donnera lieu à une suspension. Il y aura des sanctions disciplinaires en plus de possibles poursuites pénales. Et Christophe Castaner a donné trois exemples. L’affaire des six policiers de Rouen qui tenaient des propos odieux sur un groupe Whatsapp. Des propos enregistrés qu’on a entendu sur l’antenne vendredi. Pas seulement des paroles racistes, mais des appels à la guerre raciale et des propositions de s'échanger des armes et des grenades. Ces policiers vont bientôt passer en conseil de discipline a annoncé Christophe Castaner. 

Deuxième exemple, les deux policiers filmés à l'Île-Saint-Denis en région parisienne après avoir repêché un migrant dans la Seine. Ils plaisantaient entre eux en disant: “Un bicot ça ne sait pas nager”. Ces deux policiers ont été suspendus.

Enfin troisième exemple cité par le ministre. Ce groupe Facebook réunissant 8000 personnes dont de nombreux policiers où des propos racistes étaient partagés. Une plainte a été déposée et une enquête judiciaire est en cours.

Trois exemple pour illustrer ce que le ministre appelle la nouvelle “tolérance zéro”. 

Une impunité pour les violences policières ou le racisme dans la police ?

On ne peut pas parler d’impunité puisqu’il y a régulièrement, des condamnations, des suspensions, des révocations. Là encore le ministre a cité un exemple. Des policiers marseillais qui se sont débarrassés d’un migrant en le déposant de nuit en pleine campagne et qui ont ensuite menti pour se couvrir. Ils ont été condamnés très récemment à des peines de plus de trois ans de prison ferme et incarcérés. 

L’an dernier 1600 procédures ont été conduites contre des policiers. Plus de la moitié pour violences. Une trentaine seulement pour racisme. 39 agents ont été exclus à vie de la police.

Le défenseur des droits, Jacques Toubon explique tout de même qu’il n’a jamais pu obtenir des sanctions contre les policiers. Il a raconté lundi qu’en six ans de mandat, il a traité près de 4000 réclamations contre des policiers. Dans 36 cas, il a jugé que les faits étaient graves et méritent des sanctions. 36 cas sur 4000 c’est très peu. Seulement le problème, c’est qu’aucun des policiers concerné par ces cas graves n’a été sanctionné. En l'occurrence, on peut parler d’impunité.

Et il y a des exemples d’impunité récent et emblématique. Les policiers impliqués dans l’affaire Théo, ce garçon sans casier judiciaire gravement blessé par un coup de matraque a l’anus à Aulnay-sous-Bois en 2017. Les quatre fonctionnaires sont mis en examen pour violences volontaires en réunion et même pour viol pour l’un d’entre eux. Ils ont été un moment suspendu mais réintégré depuis. 

Un commissaire de Toulon a été filmé en train de boxer au visage un homme tenu par un autre policier. Une enquête judiciaire est en cours depuis un an et demi mais aucune sanction disciplinaire n’a été prise.

Et puis il y a le cas d’un commissaire qui a souvent fait parler de lui. Il dirigeait les opérations lors de l’affaire de l’Île-Saint-Denis, lorsque deux de ses hommes ont parlé des bicots qui ne savent pas nager. Il était en poste auparavant à Aulnay-sous-Bois, lorsque Théo a reçu ce coup de matraque très violent et très mal placé. 

Et puis en 2004, il a participé à l’arrestation d’un suspect à Paris. L’homme a été sorti de sa voiture, tabassé et abandonné, le pantalon et le slip baissé, avec un enjoliveur de roue de voitures planté dans les fesses. Le commissaire a été jugé et condamné à un an de prison avec sursis pour avoir assisté à ces faits sans intervenir. Une condamnation pénale qui ne l’a pas empêché de poursuivre sa carrière de commissaire. 

Aujourd’hui avec la tolérance zéro annoncé lundi, le ministère de l’Intérieur indique qu’il envisage de le suspendre pour l’histoire des propos racistes de l’Ile-Saint-Denis.

Nicolas Poincaré