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"Ils ont fini par tirer dans mes pneus": le témoignage de François, auteur d'un refus d'obtempérer

Deux personnes ont été tuées dans deux refus d'obtempérer distincts à Rennes et à Nice. François, un auditeur des "Grandes Gueules", auteur d'un refus d'obtempérer il y a 20 ans, raconte qu'à l'époque les policiers avaient tiré dans ses pneus pour l'interpeller. Aujourd'hui, il a l'impression que les fonctionnaires tirent directement en direction des chauffards.

Un homme a été tué par balle par un policier mercredi à Nice après un refus d'obtempérer. Dans la nuit de mardi à mercredi à Rennes, c'est une femme de 22 ans, passagère d'un véhicule refusant de s'arrêter, qui est morte, tuée par balle après des tirs de policiers. Ce ne sont pas les premières personnes tuées par balle après un refus d'obtempérer cette année.

Ces faits divers relancent le débat sur la méthode à adopter en cas de refus d'obtempérer. D'un côté, syndicats policiers et politiques de droite mettent en avant une hausse de la violence et du danger pour les policiers, obligeant à se servir de son arme plus vite et plus souvent. De l'autre, on déplore un manque de formation des policiers et une capacité à sortir son arme peut-être trop vite.

"J’étais alcoolisé, je sortais de boîte et en plus, j’étais en défaut de permis"

Pour François, auteur d'un délit de fuite et d'un refus d'obtempérer il y a une vingtaine d'années, la situation s'est mieux terminée. " Il y a 20 ans, j’ai fait un gros délit de fuite en partant de la Place Clichy (dans le nord de Paris, ndlr). On m’a demandé de m’arrêter, je ne me suis pas arrêté, soit un refus d’obtempérer. J’étais alcoolisé, je sortais de boîte et en plus, j’étais en défaut de permis", raconte-t-il ce jeudi dans les "Grandes Gueules" sur RMC et RMC Story.

"On me demande de m’arrêter mais je ne m’arrête pas. C’est un délit de fuite qui commence à prendre de l’ampleur et qui va s’arrêter sur l’autoroute A86. J’étais à fond la caisse, poursuivi par des motards, la Bac (brigade anti-criminalité) et la police nationale. Finalement, ils ont tiré dans mes pneus, le véhicule a été immobilisé. J’ai percuté une barrière de sécurité et j’ai été interpellé", explique François, aujourd'hui chauffeur routier.

Il raconte ensuite avoir été menotté et "massacré" par les policiers dans la foulée, avant d'être condamné à trois ans de prison. "Soit on vous tire dessus, on vous tue, soit on vous attache et on vous massacre. Aujourd'hui, je pense qu’ils manquent de discernement et peut-être de sang-froid", estime François.

"La peine n’est pas assez lourde"

"Moi je trouve que la peine n’est pas assez lourde", juge de son côté Kevin Bossuet. "Vous avez mis en danger la vie d’autrui en roulant alcoolisé à toute vitesse de nuit. Vous avez mobilisé des effectifs et vous avez remis en question leur autorité, parce que vous n'avez pas voulu vous arrêter", ajoute l'enseignant.

"À partir du moment où l’on n’a rien à se reprocher, quand un policier demande de vous arrêter, vous vous arrêtez. Quand la police demande de s’arrêter, on s’arrête, sinon on est un délinquant", estime Kevin Bossuet.

Un refus d'obtempérer toutes les 20 minutes

Sur des images amateurs filmée lors du refus d'obtempérer de Nice, on peut voir la voiture refuser de s'arrêter et effectuer une marche arrière avant qu'un policier, tenant en joue le conducteur, ne tire dans sa direction.

Selon les premiers éléments, le suspect avait été repéré en train de "zigzaguer dangereusement" au volant d'un véhicule volé. "Il éclate une voiture de police, il en a volé une, c’est tant pis pour lui", estime de son côté Christophe, un auditeur du Val-d'Oise.

Depuis 10 ans, cette infraction a explosé: de 2010 à 2020, les refus d'obtempérer ont augmenté de 46%. On enregistre un refus d'obtempérer toutes les 20 minutes en France.

G.D.