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Hommage national à Nice: "Je ne vois pas pourquoi on n'aurait pas le droit d'en avoir un"

Les Niçois sont favorables à un hommage national aux victimes de l'attentat (illustration)

Les Niçois sont favorables à un hommage national aux victimes de l'attentat (illustration) - AFP

REPORTAGE - Presque deux semaines après l'attentat de Nice, aucun hommage national n'a encore été rendu aux victimes alors que cela avait été le cas après les attentats du 13 novembre ou l'assassinat de deux policiers en juin dernier. Pourtant, sur place, de nombreux Niçois l'attendent.

Y aura-t-il un hommage national pour les victimes de l'attentat de Nice? A l'heure actuelle l'Elysée hésite encore. Une cérémonie semblable à ce qu'il y avait eu aux Invalides après les attaques du 13 novembre est à l'étude selon le Secrétariat d'Etat à l'aide aux victimes. En attendant, près de deux semaines après l’attentat de Nice, les hommages d’anonymes s’accumulent sur le mémorial de la Promenade. Fleurs, peluches, morts recouvrent le kiosque des musiciens car de très nombreux Niçois attendent cet hommage national.

"L'impression d'être laissés de côté"

"Je pense qu'il doit y en avoir un, déclare Carole. On est quand même en France mais, là, on a l'impression que la Côte d'Azur est laissée de côté. Bon, ils ne viennent pas, ils ne viennent pas…" Si aucun hommage national n'a encore été rendu c'est en raison, entre autres, de la venue très mouvementée de Manuel Valls pour la minute de silence le 18 juillet. Le Premier ministre a été sifflé par une partie de la foule et l’Elysée ne souhaite en rien revivre la même chose. "Valls a déjà été sifflé donc je pense que Hollande se serait peut-être pire", avance Carole.

Ces sifflets contre le gouvernement le 18 juillet sur la Promenade des Anglais, personne ne les a oubliés. Pour les Niçois, l’Elysée craint de nouveaux incidents en cas d’hommage national à Nice. Un argument incompréhensible pour Gilles: "Je ne vois pas pourquoi on n'aurait pas le droit à cet hommage. Pourquoi ces morts n'y auraient-ils pas droit? Parce que des hommes politiques ont des soucis entre eux, des divergences? Non, il faut leur donner cet hommage et les politiques doivent venir. Il n'y pas de raison d'avoir peur".

"On va le faire nous-mêmes"

Pour rendre hommage aux victimes et aux blessés, un appel a été lancé pour une grande marche blanche dimanche prochain. Derrière cet appel, aucun politique mais un collectif de cinq Niçois, dont Héloïse. "L'hommage national on va le faire nous-mêmes: les familles, les proches, les blessés, les gens qui se sont retrouvés au cœur du drame… Tous ces gens-là en ont besoin, assure-t-elle. Ils ont besoin de marcher, de se sentir vivant, uni, de sentir la cohésion. Pour nous, ce n'est pas concevable de laisser passer deux semaines, trois semaines, un mois, deux mois… Ce n'est pas possible".

Pour l’instant, sur les réseaux sociaux, près de 10.000 personnes ont annoncé leur participation à cette marche blanche. La préfecture doit encore donner son feu vert (une réponse est attendue ce mardi, ndlr) et les organisateurs cherchent de nombreux bénévoles pour les aider à mettre sur pied cette marche, qui sera totalement apolitique et se déroulera sur les deux kilomètres parcourus par le camion.

L'Elysée hésite encore

Il y a d'abord les questions pratiques: où organiser un hommage national? Aux Invalides, comme cela a été le cas jusqu'à maintenant, ou à Nice, comme le souhaiteraient les élus locaux? De plus, pour que l'hommage ait lieu, selon un membre de la majorité, il faut que les conditions soient réunies. Comprenez, que les polémiques sur la sécurité et les attaques contre le gouvernement cessent.

Officiellement, l'Elysée dit consulter les familles et leur laisser la responsabilité du choix. "C'est un deuil, il vaut mieux prendre le temps de bien décider de ce qu'il convient de faire", argumente-t-on dans l'entourage du président de la République. Pas de précipitation donc au sommet de l'Etat. L'hommage s'il a lieu, ne se tiendra que début septembre. Car personne ne veut risquer que François Hollande ne soit hué comme cela a été le cas la semaine dernière pour Manuel Valls lors de la minute de silence.

M. Ricard avec C. Martelet et E. Bertholomey