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INFO RMC/BFMTV – L'Etat mis en demeure pour fautes lourdes dans l'attaque contre l'Hyper Cacher

L'attaque contre l'Hyper Cacher aurait-elle pu être évitée?

L'attaque contre l'Hyper Cacher aurait-elle pu être évitée? - AFP

Ce vendredi Maître Axel Metzker, s'appuyant sur toute une série de procès-verbaux, va mettre en demeure l'Etat. Selon lui, les autorités ont trop tardé à diffuser le signalement et la photo d'Amedy Coulibaly, auteur de l'attaque contre l'Hyper Cacher le 9 janvier dernier. Il est convaincu que le pire aurait pu être évité si un avis de recherche avait été lancé plus tôt.

L'attaque contre l'Hyper Cacher le 9 janvier dernier aurait-elle pu être évitée ? C'est la question que se pose Maître Axel Metzker, l'un des nombreux avocats des parties civiles. Son client, David, était juste devant la porte d'entrée du supermarché au moment où Amedy Coulibaly a ouvert le feu. S'appuyant sur de nombreux procès-verbaux, cet avocat a, selon nos informations, décidé de mettre en demeure l'Etat pour fautes lourdes. Il s'agit donc d'une interpellation formelle par le biais d'une lettre recommandée ou d'un acte d'huissier et si l'Etat ne répond pas à cette mise en demeure dans les deux mois, elle donnera lieu à une plainte devant le tribunal administratif. Une plainte qui débouchera sur une enquête. 

Amedy Coulibaly, suspect numéro 1 dès le 8 janvier

Plus précisément, il reproche à l'administration française d'avoir attendu trop longtemps avant de diffuser le portrait-robot d'Amedy Coulibaly, le preneur d'otage de l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, alors même que ce dernier avait déjà été identifié. Le terroriste était en effet suspecté d'avoir tué une policière à Montrouge la veille. RMC a pu consulter ces procès-verbaux et dont certains datent du jeudi 8 janvier. L'un d'eux est ainsi émis à 10h30, deux heures seulement après l'attaque de Montrouge durant laquelle Amedy Coulibaly abat une jeune policière municipale.

Un procès-verbal où grâce à deux témoins Amedy Coulibaly est identifié comme le suspect numéro 1. Dans un autre document, les enquêteurs font clairement le lien entre ce suspect et Chérif Kouachi, l'un des auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo. Quelques heures après avoir tiré sur la policière, cliché d'Amedy Coulibaly à la main, les policiers font du porte-à-porte dans des lieux qu'il a fréquenté les jours avant. Sa mère est même placée en garde pour être interrogée.

"On a un sentiment de raté"

"Le 8 janvier à 10h30, deux heures après la mort de Clarissa Jean-Philippe (la policière), un service de police imprime un PV d'une dizaine de pages, confirme sur RMC, maître Metzker. Dedans, il y a toute la vie d'Amedy Coulibaly: ses adresses, ses comptes bancaires, des photos, des portraits robots… On a tout ce qu'il faut mais au lieu de diffuser la photo, on essaye de faire une enquête de voisinage". Et d'ajouter: "On a donc un sentiment de raté. On a l'intime conviction que l'on aurait pu, que l'on aurait dû. On ne l'a pas fait. Et pourquoi? On ne le sait pas".

Le lendemain à 11h10, le 9 janvier, le parquet antiterroriste demande aux services de police de diffuser massivement et de façon urgente la photo de Coulibaly. Cette photo et un appel à témoin seront bien diffuser mais à 15h17. Or, à ce moment-là la prise d'otage de l'Hyper Cacher est déjà en cours et Amedy Coulibaly a déjà abattu trois personnes dans le supermarché…

"Difficile de comprendre"

Le jour de l'attaque, David s'était arrêté en voiture devant l'hypermarché. C'est là qu'il avait vu Amedy Coulibaly pénétrer dans les lieux, armé, et faire feu. Il avait immédiatement pris la fuite avant d'être pris en charge par des policiers, qui lui avaient demandé de comparer l'homme qu'il venait d'apercevoir avec une photo d'Amedy Coulibaly, alors suspect n°1. Aujourd'hui, il est à l'origine de cette mise en demeure parce qu'il se pose beaucoup de questions notamment sur la non diffusion de la photo de Coulibaly.

"A mon niveau, c'est difficile de comprendre. Peut-être est-ce justifié? Peut-être ont-ils pris la bonne décision? Mais dans ce cas-là, qu'on nous l'explique, qu'on nous dise pourquoi", demande-t-il sur RMC. En effet il estime que "le pire aurait peut-être pu être évité" car "n'importe qui marchant dans la rue, si la photo avait été diffusée, aurait pu appeler la police, intervenir. Il se serait peut-être fait arrêter avant. Peut-être aussi que cela n'aurait rien changé mais ça aurait pu laisser une chance de changer les choses".

M.R avec Céline Martelet