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"J’ai pété un câble sous le coup de l’émotion": 18 mois de prison requis contre le père justicier

Le procès du père qui s’était fait justice lui-même en retrouvant et en tabassant l’agresseur présumé de sa fille de 6 ans avait lieu ce mardi. Tandis que le parquet a requis une peine de 18 mois de prison, la décision a été placée en délibéré et doit être rendue en mars.

Le père vengeur de Roanne passera-t-il par la case détention? Si la décision du tribunal correctionnel de Roanne ne sera rendue que le 7 mars prochain, le procureur de la République a en tout cas choisi son camp. Au cours du procès du père de famille, le ministère public a requis une peine de 18 mois de prison à l’encontre de l’homme.

Ce chauffeur-livreur de 28 ans était jugé ce 24 janvier pour des faits de violences en réunion, perpétrées avec trois de ses amis et voisins, à l’encontre d’un mineur de 16 ans qui aurait agressé sexuellement la fille du prévenu, âgée de 6 ans.

Quatre prévenus plutôt discrets, qui n’étaient pas forcément très bavards à la barre. Hormis, peut-être, l’un des voisins qui dit avoir tenté de protéger l’agresseur présumé de la fureur du père. Ce dernier le reconnaît d’ailleurs sans difficulté: “J’ai pété un câble sous le coup de l’émotion”, a-t-il lancé lors de son audition par la cour.

Le père reconnaît sans difficulté l'agression

Anne-Laure Lebert, l’avocate du père vengeur, explique que l’on est "très loin de l’expédition punitive, du règlement de compte, même de miliciens comme on a pu lire dans le dossier". L’avocate parle d’un acte de légitime défense de la part du père de famille, et salue d’ailleurs l’interpellation du mineur, certes très musclée.

Dans ce dossier, seul le père reconnaît les coups portés sur le suspect de l’agression sexuelle de la fillette.

“Quand on juge un homme, on doit juger ce qui l’anime. Et ce qui l’anime, à mon avis dans ce contexte-là, ne doit pas permettre d’envisager un emprisonnement ferme”, rajoute l’avocate du père de famille.

Le procureur de la République n’était donc pas de l’avis de l’avocate de la défense, puisque, dans le détail, il a requis 18 mois de prison dont 6 à 9 mois seulement assortis d’un sursis probatoire. Pour le ministère public et la partie civile, aucun doute donc: au moins trois des quatre amis ont participé au passage à tabac.

Me Camille Thinon, l’avocate du jeune homme victime du passage à tabac, parle d’une “co-action dans laquelle le père a décidé d’endosser la responsabilité”.

“Pour moi, il n’y avait rien de flou dans ce dossier, il est plutôt simple. Il peut être triste, il peut être compliqué moralement, mais il est plutôt simple dans les faits”, estime l’avocate.

Pour les trois autres prévenus, le parquet a requis un an de prison (dont six mois avec sursis) pour un voisin. Deux ans de prison (dont un an avec sursis) ont été demandés pour un autre voisin (en état de récidive). Enfin, une relaxe au "bénéfice du doute" a été requise pour le dernier prévenu.

Le mineur isolé accusé de l'agression sexuelle de l’enfant de six ans, lui, est en détention provisoire depuis trois mois. Il devrait être jugé “dans quelques semaines ou quelques mois, puisqu’une information judiciaire a été ouverte et qu’elle est toujours en cours. Le juge d’instruction continue de travailler pour élucider cette affaire”, explique le procureur de la République de Roanne, Abdelkrim Grini.

Vincent Chevalier, AL