RMC

"J'ai pris un coup de couteau dans la cuisse": un huissier témoigne des violences quotidiennes

Anthony, clerc d'huissier dans l'Essonne chargé de notifier des décisions judiciaires chez des particuliers, raconte ce mercredi sur RMC les violences quotidiennes qu'il subit, deux jours après le meurtre d'un inspecteur des finances publiques à Bullecourt (Pas-de-Calais).

Une enquête a été ouverte pour assassinat et séquestration, après le meurtre d'un inspecteur des finances publiques lors d'un contrôle fiscal ce lundi à Bullecourt, dans le Pas-de-Calais. Le mis en cause, un brocanteur, divorcé et père de deux enfants, qui s'est suicidé, est soupçonné d'avoir prémédité le meurtre du contrôleur fiscal.

Le brocanteur avait rendez-vous à 14h avec deux contrôleurs fiscaux, chez lui, pour vérifier la comptabilité de son entreprise. Le point final d'une procédure engagée depuis mai dernier.

"J'ai aussi pris une cocotte-minute sur la voiture"

Des violences qui sont quotidiennes pour certains agents de la fonction publique ou judiciaire. C'est notamment ce que raconte ce mercredi sur RMC et RMC Story, Anthony, clerc d'huissier dans l'Essonne, qui a reçu un coup de couteau il y a six mois. "J'ai toqué à une porte un matin pour notifier à un homme la demande de divorce de sa femme. Elle m'a ouvert, elle est sortie du logement, l'homme est arrivé et je l'ai informé du divorce. Il m'a dit: 'Si vous me donnez le document, on viendra chercher votre corps'", raconte-t-il dans les "Grandes Gueules".

"Il s'est retourné, il a pris un couteau et il m'a poursuivi. Je n'ai pas le droit mais j'ai eu le temps de lui mettre un coup de gaz lacrymogène, il a trébuché et j'ai pris un coup de couteau dans la cuisse à ce moment-là. Par chance, la police municipale passait et a arrêté l'homme", explique Anthony.

Le clerc d'huissier, qui travaille notamment dans des quartiers sensibles, raconte être obligé de porter une bombe lacrymogène. Il assure notifier 30 à 40 décisions de justice par jour, expliquant qu'environ cinq peuvent déraper quotidiennement. "J'ai aussi pris une cocotte-minute sur la voiture", ajoute-t-il.

"Un huissier est venu pour tout prendre"

Philippe, agent de la fonction publique en Seine-et-Marne, s'est lui retrouvé de l'autre côté de la barrière et déplore la rudesse de certains huissiers notamment. Handicapé puis malade, il raconte avoir dû contracter des crédits pour faire face à ses dépenses de la vie courante, le temps que son dossier soit reconnu comme une maladie professionnelle. Il décrit alors un cercle vicieux.

"Je ne m'en sortais plus, les huissiers venaient taper à ma porte. On me prélevait sur mon compte des sommes très importantes. J'avais des frais de dossiers de 200 euros qui dépassaient parfois le montant de ce que je devais payer. Parfois, on doit 2.000 euros, et ils prennent 2.400 euros en comptant les frais de dossier", explique-t-il aux Grandes Gueules.

"Je retirais le maximum que je pouvais sur mon compte avant que ce soit saisi, pour vivre. Mais un huissier est venu pour tout prendre. Ils ne comprennent pas. On est harcelé. Ils viennent, ils sont désagréables, ils n'ont aucune compassion. Je n'appelle pas du tout à tuer qui que ce soit, mais moi-même, j'ai pensé à mettre fin à mes jours", raconte Philippe.

Dialogue et indulgence

Anthony, le clerc d'huissier, assure essayer d'être compréhensif face à de telles situations, alors qu'il est chargé d'apporter de mauvaises nouvelles, comme des saisies à domicile. Mais il l'assure, il distingue vite les mauvais payeurs patentés des victimes d'"accidents de la vie": "Au moment où l'on m'ouvre la porte, je sais si c'est un accident de la vie ou pas. Si c'est le cas, on est indulgent, on dialogue. Si quelqu'un dit qu'il ne peut pas payer et que je vois une télé derrière que même moi je ne peux pas me payer, je sais que ce n'en est pas un".

Après le drame de Bullecourt, le procureur de la République Sylvain Barbier Sainte-Marie estime que le meurtre de l'inspecteur des finances publiques pourrait avoir été prémédité. L'audition de l'inspectrice, séquestrée avec son collègue, doit être déterminante pour établir le scénario macabre. Selon Bercy, la victime l'accompagnait pour des raisons de sécurité. "Des situations de tension avaient pu exister" lors de "contrôles précédents" de ce brocanteur, d'après le ministre des Comptes publics Gabriel Attal.

Guillaume Dussourt