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"La seule solution qu'on a trouvée, c'est le squat": à la rue après l'incendie de leur logement, une famille occupe la maison d'un retraité

TEMOIGNAGE RMC - À Carcassonne, dans l'Aude, cinq adultes et douze enfants ont investit un pavillon inoccupé qu'ils squattent depuis moins d'un mois. Ils sont sous le coup d'une expulsion en urgence.

Il y a un peu plus d’un mois, un incendie dans le centre de Carcassonne (Aude) détruit les logements de la famille de Meri. Cinq adultes et 12 enfants se retrouvent alors à la rue: "On a perdu tout notre argent, tous nos papiers, tout ce qu'on avait".

Après 24 heures en logement d'urgence, la famille n'a plus d'endroit où aller. Ils investissent alors un pavillon au portail éventré et aux herbes folles dans la cour: "La seule solution qu'on a trouvée, c'est prendre un squat. On n'a jamais squatté de notre vie". Menacés d'expulsion, les enfants vivent dans la peur: "Tous les matins ils se réveillent angoissés. On sait que ce n'est pas bien ce qu'il se passe, on est prêts à lui payer un loyer jusqu'à 1000 euros", ajoute-t-elle alors que la famille doit quitter le pavillon ce mercredi matin.

L'expulsion en urgence, leur avocat Victor Font la conteste. Pour qu'elle soit valide juridiquement, ses clients auraient dû entrer dans le bâtiment par la force. Ce qui n'est pas le cas:

"Le logement était ouvert, que ce soit le portail extérieur ou la porte d'entrée et ce que me dise mes clients semble corroboré par ce que dit le propriétaire lui-même qui a pu indiquer que ce logement avait été cambriolé et pouvait être occupé par n'importe qui", assure le conseil.

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Le guide du squatteur facilement disponible sur internet

Le propriétaire des lieux, Michel est lui résigné. C'est la seconde fois que sa maison est squattée: "Au tout début, on prend un coup de massue. C'est un voisin qui m'a demandé si j'avais vendu ou loué et je lui ai dit que non, que c'était des squatteurs. Cerise sur le gâteau, les impôts de la ville me réclament une taxe d'habitation pour la maison parce qu'elle n'est pas louée", ironise-t-il au micro de RMC.

Ce dossier n'étonne en rien Christophe Demerson le président de l'Union national des propriétaires immobiliers: "On a de plus en plus de logements qui sont squattés surtout chez des personnes âgées, des gens qui veulent vendre leur bien pour payer leur maison de retraite où qui y sont déjà. Il y a des situations dramatiques avec des gens qui ne peuvent plus payer les crédits et tout ça doit représenter une centaine de cas par an". Ce professionnel du secteur s'étonne même que le guide du parfait squatteur soit disponible facilement sur internet.

Fin de crise ce mercredi selon la ministre du Logement

Depuis le 1er janvier, 124 procédures pour déloger des squatteurs ont été menées: "Sur ces 124 procédures, on a traité un peu moins de 100 et on en a entre 25 et 30 qui sont encore en instance, comme celle de Carcassonne, d’autres sont en cours de traitement", assurait ce mercredi matin sur RMC Emmanuelle Wargon, la Ministre déléguée en charge du Logement. Et selon elle, "d’ici ce soir, les squatteurs seront partis d’eux-mêmes soient les forces de police seront intervenues".

"Ce n’est pas à eux de décider où ils habitent. Nous leur avons proposé une solution d’hébergement", ajoute-t-elle.

La loi ASAP (loi d’accélération et de simplification de l’action publique) qui a été votée en décembre 2020, permet désormais aux préfets d'expulser les squatteurs en 72h: 48h pour répondre à la demande et 24h pour mettre en demeure les squatteurs de quitter les lieux, contre plusieurs années auparavant. 

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Estelle Henry et Benjamin Pelsy (avec Guillaume Dussourt)