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Laurent Bigorgne jugé pour avoir drogué sa collaboratrice: "c'était pour me violer" affirme-t-elle

Laurent Bigorgne, ancien conseiller d'Emmanuel Macron pendant la campagne de 2017, est jugé ce jeudi 10 novembre pour avoir drogué une collaboratrice avec de la MDMA à l'occasion d'un dîner de travail chez lui le 22 février dernier. Sophie Conrad est convaincue que son employeur a voulu la violer. Si le parquet de Paris a écarté le motif sexuel, le tribunal correctionnel de Paris se laisse la liberté de requalifier les faits.

Dès le départ, Laurent Bigorgne a admis avoir glissé trois cristaux de MDMA dans la coupe de champagne de sa collaboratrice, le 22 février dernier. Confronté aux analyses toxicologiques, l'ex-directeur de l'Institut Montaigne a reconnu les faits mais a toujours contesté avoir eu une intention sexuelle à l'égard de Sophie Conrad. Il a expliqué aux enquêteurs qu'il voulait parler plus librement avec Sophie Conrad. Le parquet de Paris a retenu le délit d'administration de substance nuisible passible de cinq ans de prison avec la circonstance aggravante que le mis en cause était lui-même sous l'effet de la cocaïne et a écarté le motif sexuel.

Dès le début de l'audience, ce jeudi 10 novembre, le président du tribunal correctionnel a expliqué qu'il n'excluait pas une requalification."Que pensez-vous de ces trois cristaux dans votre coupe?", demande le juge à Sophie Conrad:

"Aujourd'hui je n'ai plus aucun doute que son intention était hélas sexuelle, pour me violer, je n'ai plus aucun doute là-dessus. Les épisodes précédents étaient des alertes", explique Sophie Conrad.

Laurent Bigorgne est loin d'être un étranger pour la plaignante. Sophie Conrad évoque une "relation très ancienne, je connais Laurent Bigorgne depuis mes 10, 11 ans." C'est l'ex-mari de sa soeur, "Ma nièce, sa fille, je la chéris. Il a été mon grand frère jusqu'à mes 20 ans", confie Sophie Conrad. Après l'avoir perdu de vue elle reprend contact à l'été 2020: elle cherche un emploi. Il dirige alors l'Institut Montaigne et ils dinent ensemble. "La discussion est libre, explique Sophie Conrad. Il me propose un after avec de la coke, je décline. J'ai un sentiment étrange. Mes warnings de femme s'éveillent mais le déni familial est plus fort. C'était comme mon grand-frère. Pour moi, c'était quasiment incestueux."

>>> Réécoutez le témoignage de Sophie Conrad sur RMC :

Ex-belle-sœur puis collaboratrice à l'Institut Montaigne

Sophie Conrad est officiellement embauchée à l'Institut Montaigne en novembre 2020. La plaignante rapporte un autre épisode dérangeant lors d'un déplacement professionnel à Marseille. Laurent Bigorgne lui propose de la drogue et la fait venir dans sa chambre d'hôtel. Elle décline et regagne sa chambre. "J'ai l'impression que le 22 février c'est vraiment on va lui mettre de la drogue et on va y aller". Ce soir-là, elle dine chez Laurent Bigorgne, qui lui sert une coupe de champagne: "je bois quelques gorgées je m'arrête au demi verre, d'un coup je me sens très mal, les murs étaient plus stables".

"J'ai l'impression de partir très loin", confie Sophie Conrad. "Je prends mon portable. J'ai eu l'impression que j'allais perdre connaissance et que j'allais me réveiller demain matin et que j'allais me souvenir de rien."

Elle a la force d'envoyer un message à une amie qui va appeler directement Laurent Bigorgne et mettre fin à la soirée, permettre à Sophie Conrad de retrouver ses esprit et de quitter le domicile de son employeur. Cette amie témoigne, la voix vibrante : "j'avais peur que ce soit du GHB. Je voulais qu'elle sorte quitte à s'effondrer dans la rue. Ma première préoccupation c'était l'extraire de cette pièce."

Bigorgne conteste toute intention sexuelle

"Ce que je veux dire à Sophie dont je comprends la colère et la révolte, explique Laurent Bigorgne à la barre, c'est que le premier jour où je suis sortie de garde à vue, dans cette histoire j’ai dit il y a un coupable et une victime. Le coupable c'est moi, la victime c'est Sophie". Reste à savoir de quoi? Laurent Bigorgne conteste toute intention sexuelle à l'égard de son ex-belle-sœur et collaboratrice qu'il "aimait profondément".

Il a assuré "je n'ai jamais touché Sophie, jamais eu l'intention de la toucher, ce sera sa parole contre la mienne" Le prévenu assure que s'il a drogué Sophie Conrad, c'est pour échanger communiquer avec elle plus librement. Il explique qu'à l'époque il prend quatre grammes de cocaïne par jour, qu'il est en dépression à cause de la surcharge de travail, qu'il se "sent mourir":

"On a quand même l'impression que Sophie Conrad vous écoutait systématiquement", explique le président qui a précisé que le directeur de l'Institut Montaigne et sa collaboratrice échangent en permanence par messages y compris les week-end. "En quoi la MDMA aurait augmenté ses qualités d'écoute pourquoi lui imposer ça ?" demande le président à Laurent

"J'avais besoin qu'on m'écoute", répond Laurent Bigorgne. "De manière impulsive je trouve ce reste de MDMA dans une boite en bois marocaine, j'ai ce reflexe stupide lâche con, je me dis elle va m'entendre, elle va m'écouter."

Marion Dubreuil