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"Notre territoire est sous-doté": face aux violences des bandes, l'Essonne en appelle à l'État

Une grande majorité des élus de l'Essonne de tous bords demande à l'Etat d'assumer ses fonctions régaliennes alors que le département est en proie à des violences entre bandes. Sur RMC, François Durovray, président (LR) du conseil départemental, déplore un territoire sous-doté en terme d'enseignants, de magistrats et de policiers.

Contre les rixes, les élus de l'Essonne demandent plus de ressources à l'Etat. Dans une tribune publiée lundi dans le journal Le Monde, à l’initiative de François Durovray, président (LR) du conseil départemental, 176 élus de l'Essonne demandent à l'Etat d'assumer ses "responsabilités régaliennes" pour faire face aux rixes entre jeunes, particulièrement nombreuses dans ce département.

"Ce n’est pas commun d’avoir 176 élus, soit 80% des élus du département de tous bords politiques de signer une tribune commune", souligne ce jeudi sur RMC François Durovray qui tire la sonnette d’alarme. "Dans le département de l'Essonne, nous sommes moins dotés en policiers, en juges, en enseignants que n'importe quel autre territoire français. Quand il y a, comme la semaine dernière encore, des rixes entre jeunes, la responsabilité des élus, c’est d’agir évidemment, ce que nous faisons, mais aussi de demander à l’Etat d’assumer ses missions".

Car ce département de la banlieue sud parisienne est particulièrement touché, depuis de nombreuses années, par les phénomènes d'affrontements parfois très violents entre jeunes de quartiers rivaux. En 2020, un quart des rixes recensées en France a eu lieu dans ce département, avec 91 affrontements dans ce département de 1,3 million d’habitants. En 2021, trois jeunes, dont deux adolescents, ont été tués lors de ces rixes dans l'Essonne.

"Nous ne demandons pas l'aumône"

"La violence juvénile est devenue un phénomène global, elle touche sans distinction, ville, campagne, zone rurale, espace public", assure la tribune. "Ce qui se passe en Essonne pourrait se passer n’importe où. Ce sont des adolescents de plus en plus jeunes, parfois âgés de 12-13 ans. Ils ont un rapport au corps et au territoire qui n’est pas le même qu’avant", précise François Durovray.

Alors pourquoi le département de l'Essonne serait plus touché que les autres ? Pour le président du conseil départemental, "c’est peut-être parce que l’Essonne accueille de nouveaux habitants dans des quartiers où il n’y a pas forcément d’identité", même si certains quartiers ont des rivalités depuis une trentaine d’années.

"Nous ne demandons pas l'aumône, mais à être traité équitablement. Rien ne justifie qu’en Essonne, que nous ayons 10% d’enseignants ou 42% de juges en moins que Paris. Notre territoire est sous-doté en terme de magistrats. Les sanctions arrivent un an et demi après les faits commis, il faut une justice plus rapide", demande François Durovray.

"Que l'État prenne ses responsabilités"

Il tacle également un sentiment d'impunité dû au manque de moyens: "Dans certains quartiers, des jeunes sont interpellés pour des trafics et des agressions puis après quelques heures de garde à vue, ils reviennent et narguent les victimes présumées de leurs actes. Il ne peut pas y avoir des lieux où la loi ne s'applique pas".

François Durovray assure que les élus ont agi, persuadés tout de même de devoir faire plus et citant à titre d'exemple, la médiation scolaire, testée à partir de la rentrée prochaine.

Le président du Conseil départemental déplore aussi les vaines promesses du gouvernement: "Il faut que l'État prenne ses responsabilités. Il y a un an, Jean Castex avait parlé d'un 'Plan Essonne', mais aujourd'hui on n'en parle plus. Rien ne s'arrange", déplore-t-il.

Guillaume Dussourt