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Préjudice d’angoisse pour les victimes de terrorisme: "une question de reconnaissance"

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Le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme a voté lundi soir le principe de la reconnaissance du préjudice d’angoisse pour les victimes et proches de victimes d'acte de terrorisme, qui n’était jusque-là pas pris en charge. Une bonne nouvelle pour les associations de victimes, comme l’explique Emmanuel Domenach, vice-président de l’association 13onze15.

Emmanuel Domenach est le vice-président de l’association 13onze15, qui regroupe des victimes et des proches de victimes des attentats du 13 novembre 2015.

"Ce n’est pas une question d’indemnisation. C’est avant tout une question de reconnaissance de douleurs qui ne sont jusqu’à aujourd’hui pas du tout reconnues. Par exemple, celles des parents qui sont restés plusieurs heures, plusieurs jours à chercher leur enfant. Ou l’angoisse de ceux qui se sont vus mourir, au Bataclan par exemple.

Sur d’autres sujets, comme les catastrophes aériennes, ou les catastrophes naturelles, ce genre d’indemnisation existe. Ce qu’on soutient, c’est de se baser sur la déclaration des familles. Avec une grille, en fonction du temps d’attente, des éléments qui ont été donnés, on sort une analyse objective qui permet de quantifier le préjudice et après bien sûr de le traduire en indemnisation.

"Juliette Méadel, on lui a dit 10 fois qu’il fallait réformer la procédure d’identification des corps"

On a eu des questions venant de personnes ayant attendu des nouvelles de leurs proches. Juliette Méadel [secrétaire d'État chargée de l'Aide aux victimes, NDLR], on lui a dit 10 fois qu’il fallait réformer la procédure d’identification des corps. Après Paris, mais après Nice aussi. J’avais été très marqué par une dame qui m’a raconté qu’on lui avait présenté le mauvais corps. Ce sont des douleurs, et ces gens-là veulent que l’Etat reconnaisse sa faute. Mais on leur dit que ça ne mènerait à rien. Il n’y a aucune faute de l’Etat.

La seule voix aujourd’hui, c’est le Fonds de garantie. Et c’est la même chose pour les victimes directes. Quand vous avez été enfermé plusieurs heures dans le Bataclan, que vous avez tout vu et tout entendu, cette souffrance elle n’est pas reconnue, elle n’est pas indemnisée. Et ça pose un problème. Si on trouve autre chose pour reconnaître la souffrance pourquoi pas, mais aujourd’hui en France le seul moyen de traduire la reconnaissance des souffrances c’est d’indemniser.

C’est un des derniers vides dans la prise en charge des victimes. C’est une avancée majeure dans l’indemnisation et dans la reconnaissance des préjudices. Mais c’est aussi une mise au niveau pour les victimes d’actes terroristes. Par exemple, les victimes du Cuba Libre ont eu ce préjudice d’angoisse, elles ont été indemnisées (En août 2016, 14 personnes avaient trouvé la mort dans l’incendie d’une boite de nuit de Rouen, NDLR). Le statut des autres victimes a avancé avec le temps, mais pas celui des victimes de terrorisme. 

Après, il y aura toujours d’autres sujets. Je pense à la prise en charge psychologique. Mais aussi au statut des aidants, comme ces gens qui ont sacrifié leur emploi pour venir en aide à un proche blessé. Il y a des choses qui sont faites, on n’est pas là pour cracher dans la soupe. Mais il y a encore beaucoup de choses à faire parce qu’on découvre un terrorisme de masse auquel on n’est pas préparé".

Propos recueillis par Antoine Maes