RMC

Syndicaliste éborgné en 2016: le CRS à l'origine du tir de grenade acquitté

Alexandre M., CRS jugé par la cour d'assises de Paris pour avoir éborgné un syndicaliste lors d'une manifestation en 2016, a été acquitté mercredi. L'avocat général avait, de son côté, requis deux à trois ans de prison avec sursis. La décision a été rendue dans un climat houleux, aux cris de "Police partout, justice nulle part".

La cour d'assises de Paris a acquitté, mercredi soir, un CRS jugé pour avoir lancé une grenade qui a éborgné Laurent Theron, un syndicaliste lors d'une manifestation en 2016.

Après trois heures et demie de délibéré, la cour a estimé que le brigadier-chef de 54 ans, Alexandre M., pouvait bénéficier d'une cause d'irresponsabilité pénale, ayant agi en état de légitime défense.

L'accusation avait demandé à la cour de reconnaître Alexandre M. coupable de violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique ayant entraîné une infirmité permanente, considérant que le policier n'était ni "en danger imminent" ni en "état de légitime défense".

Deux à trois ans de prison avec sursis requis

Les faits remontent au 15 septembre 2016, dans une manifestation contre la loi Travail à Paris. La journée avait été marquée par des heurts et l'embrasement d'un policier touché par un cocktail Molotov, mais au moment du jet de grenade à main de désencerclement, "le climat est beaucoup moins tendu", a soutenu l'avocat général, qui a requis deux à trois ans de prison avec sursis.

Cette arme, dangereuse, est réglementée aujourd'hui: elle a été retirée de l'arsenal du maintien de l'ordre.

Alexandre M., qui venait de rejoindre sa compagnie après vingt ans en poste en commissariat de nuit, n'était ni formé au maintien de l'ordre ni habilité au lancer de ce type de grenade. "J'ai voulu protéger mes hommes", a martelé à la barre le policier en défendant "l'absolue nécessité" de son tir, admettant seulement avoir "raté" son geste, la grenade n'ayant pas pris la "bonne direction".

"Police partout, justice nulle part"

L'annonce de son acquittement a provoqué la clameur dans le public. L'ambiance était houleuse car des proches et soutiens du syndicaliste Laurent Theron, qui a définitivement perdu l'usage de son oeil droit, étaient présents dans la salle. Le slogan "Police partout, justice nulle part" a été scandé.

Partie civile au procès, le secrétaire hospitalier et militant du syndicat Sud-Santé de 53 ans a immédiatement pris le chemin de la sortie, ses soutiens continuant à scander en direction de la cour et des jurés "Honte sur vous", "Impunité permanente".

"Ce verdict est un vrai soulagement pour notre client qui était poursuivi depuis six longues années. C'est une décision juste et conforme au droit", a réagi auprès de l'AFP Me Liénard.

AB avec AFP