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Trafic de crack: pourquoi Gérald Darmanin s’est rendu au Sénégal

Dans "Apolline Matin" ce mercredi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré revient sur la visite de Gérald Darmanin au Sénégal au sujet notamment du trafic de crack.

Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, était au Sénégal ce mardi pour évoquer notamment la question du trafic de crack. Une drogue qui fait des ravages notamment dans l’Est de Paris et qui est souvent vendue par des dealers sénégalais.

Le crack, c’est la drogue du pauvre, parce que les doses ne coûtent que 10 à 15 euros. Les toxicomanes totalement accros occupent des squares et pourrissent la vie des habitants. On a en tête les images de la police municipale à Paris qui doit accompagner les enfants à l’école pour qu’ils ne soient pas agressés par les consommateurs de crack. Dans l’Est parisien, les lieux de deals ont souvent été éradiqués, mais à chaque fois le problème n’a été que déplacé.

Et aujourd’hui, ce fléau se répand dans plusieurs autres villes françaises. A Bordeaux, les consommateurs se sont installés près du Palais des sports, dans le quartier Saint-Jean. A Lille, ils sont près de la place Philippe Lebon. Des points de ventes de crack sont apparus à Rennes, Niort, Mâcon, Orléans et même dans les campagnes d'après une enquête du Figaro

Gérald Darmanin avait déjà annoncé qu’il voulait démanteler les filières africaines et qu’il se rendrait en Afrique de l’Ouest pour avoir un dialogue franc avec les pays concernés et créer les conditions de reconduite très rapide des trafiquants vers leur pays d’origine.

Ce dialogue a eu lieu à Dakar ce mardi, entre le ministre français de l'intérieur et son homologue sénégalais. On ne sait pas s’il a été franc, si des décisions ont été prises sur les expulsions de dealers. Mais à la sortie, les déclarations ont été lénifiantes… Le ministre sénégalais s’est élevé contre les clichés sur la part de ses compatriotes dans le trafic de crack en France. Et Gérald Darmanin lui a donné raison en disant qu'il fallait couper court à la rumeur sur un intense trafic de drogue entre la France et le Sénégal. Il n’y a pas, selon lui, des quantités très importantes de drogue qui circulent entre le Sénégal et la France. Mais Gérald Darmanin joue sur les mots.

Majoritairement vendu par des Sénégalais

Le crack vendu en France ne vient pas du Sénégal, mais il est majoritairement vendu par des Sénégalais… Le crack se fabrique avec de la cocaïne que l’on mélange à différents produits chimiques comme de l'ammoniaque. On obtient soit une pâte, soit des cristaux que l’on peut ensuite fumer. Le crack consommé en France est fabriqué en France. Les dealers de crack se fournissent auprès des dealers de cocaïne qui sont souvent sud-américains ou antillais. Puis dans les cuisines, avec une casserole et de l’eau bouillante, ils produisent le crack.

Et ce business est principalement tenu par des Sénégalais. D’ailleurs, en octobre, lorsque le point de vente du parc de Forceval a été démantelé, le directeur de la sécurité de proximité de Paris avait annoncé l’arrestation de 216 Modous. Il n’avait pas parlé de trafiquants ou de dealers. Il avait utilisé le mot sénégalais, Modou.

Des Sénégalais qui viennent souvent de la même ville. La ville de Louga, près de Saint-Louis au nord du Sénégal. Un reportage diffusé le mois dernier par "Complément d'enquête” sur France 2 estimait que 80% des vendeurs de crack en France viennent de cette ville de 100.000 habitants. Et le reportage montrait les très belles maisons qui poussent comme des champignons à Louga avec l’argent des trafiquants…

Une enquête du Monde, dans la même ville en octobre dernier, décrivait la même réalité avec le témoignage d’un ancien dealer qui expliquait comment c’est facile de fabriquer du crack et de trouver des clients à Paris. “Il n’y a pas besoin de chercher. Ils sont tellement nombreux et ils sont tous fous”, disait ce trafiquant qui, en l'occurrence, a fini par faire deux séjours en prison avant d'être expulsé. Mais d’autres ont pris sa place… Voilà ce dont les deux ministres français et sénégalais ont forcément parlé ce mardi. Même si, publiquement, pour ménager des susceptibilités, ils ont nié cette réalité.

Nicolas Poincaré